Laura Bush blague
par Jerome ITU ~ 03/05/2005, 02:02 . Classé dans : Humour, Politique US .
“The White House Correspondents’ Association Dinner“.
Ambiance festive, samedi dernier à la Maison Blanche.
Pour un dîner traditionnel de remises de récompenses aux correspondants des médias.
Plutôt rébarbatif. Encore que, bien évidemment, je n’y ai jamais personnellement assisté. Et le président y tient habituellement un discours censé être humouristique.
Seulement voilà, George W., il est pas forcément rigolo.
Alors, à peine 2 minutes après sa prise de parole, il fut interrompu par sa femme. Laura Bush lui pris le micro et déclara, “pas cette vieille blague, pas encore, non…“, et a renvoyé son président de mari s’asseoir. La soirée était à elle.
Et vraiment, elle a poussé le bouchon très loin. Plaisantant à propos de son mari, de sa belle-famille, de la famille Cheney, de Condi Rice, de Donald Rumsfeld et autres, devant un public ravi.
Son introduction (traduction approximative) :
“J’assiste à ces dîners depuis des années, restant assise, là, sagement. Hé bien, j’ai quelques histoires à raconter, moi aussi”.
“ça va être vraiment amusant car il n’a aucune idée de ce que je vais dire maintenant” (parlant de son mari).
“il dit qu’il est enchanté de venir à ces dîners. N’importe quoi. D’habitude, il est déjà au lit à cette heure-ci. Sans rire. Je lui ai dit l’autre jour : George, si tu veux mettre fin à la tyrannie dans ce monde, tu vas devoir rester debout plus tard.”
Après cette intro pétaradante, Laura Bush aura d’autres blagues très marquantes :
“Je suis mariée au président des Etats-Unis et voici notre soirée typique. 21h. Mr le Marrant ici s’endort et je regarde Desperate Housewives (célèbre série télé de ABC : Femmes Désespérées – ndlr). Avec Lynne Cheney (femme du vice-président Dick Cheney – ndlr). Mesdames et messieurs, je suis une femme désespérée. Et si ces femmes dans cette série pensent qu’elles sont désespérées, elle devraient voir avec George.”
“Une nuit, après que George soit allé au lit, Lynne Cheney, Condi Rice, Karen Hugues et moi sommes allés voir les Chippendales. Je ne vais pas vous dire ce qui s’est passé, mais le nom de code des services secrets pour Lynne est maintenant “billet de 1 dollar”
(c’est plus marrant en anglais – ndlr).”“La chose incroyable, cependant, c’est que George et moi, nous étions destinés. J’étais une libraire qui passait 12 heures par jour dans sa librairie, et, malgré tout, j’ai rencontré George”
(allusion au peu de goût de son mari pour les livres – ndlr)“Mais George et moi, nous sommes complétement à l’opposé l’un de l’autre. Je suis silencieuse, il aime parler. Je suis introvertie, il est extraverti… Je sais prononcer nucléaire !!”
(référence à l’incapacité chronique et moquée du président à ne pas savoir prononcer ce mot – ndlr).“Les gens se demandent comment ma belle-mère est vraiment dans la vie. Les gens pensent qu’elle est gentille, une grand-mère type. Elle est vraiment plutôt comme Don Corleone.” (le Parrain du film du même nom – ndlr).
“Je suis fière de George. Il a appris beaucoup à propos du ranch cette première année quand il a essayé de traire une vache un cheval. Ce qui est pire, c’est qu’il s’agissait une vache, non, mais un taureau d’un mâle !”
“La réponse de George à tout problème au ranch, c’est de tout couper à la tronçonneuse. “Massacre à la tronçonneuse”, comme le décrive les filles. C’est pourquoi, je pense, lui, Cheney et Rumsfeld s’accordent si bien ensemble…”
(version anglaise : Wonkette)
Oh, ne vous inquiétez pas, les derniers mots de la First Lady diront son amour envers son mari et sa belle-famille. Tout est bien qui finit bien, quoi. C’était juste pour fun.
En même temps, je ne suis pas sûr que tout le monde rira à gorge déployée : les références au mauvais anglais, à l’inculture et au besoin de sommeil du président sont quand même trop proches de la réalité, pour ne pas faire froid dans le dos.
Surtout en temps de guerre…
Et vous imaginez-vous, notre Bernadette nationale, se moquant du penchant de son Jacques pour les petites gâteries de la main sur les taureaux chevaux ? Et de son manque, disons, d’entrain intellectuel ? Comme ça, en live, à la télévision… Ce pays est vraiment fou… En même temps, c’est plutôt rafraîchissant. Et cette Laura est un vrai atout pour la présidence de son mari, qui traverse une passe difficile. Elle sert, dit-on, à arrondir les angles du plutôt rustre George W.
Moi, je n’aurais qu’une question : “Laura, hé, mais qu’est-ce que tu fous avec un type pareil ?”.
Le plus fort, ça été la réaction sur internet, juste après le discours de Laura Bush (seulement diffusé sur C-Span – voir la vidéo dans la rubrique video/audio récentes). Ainsi un communiqué (pdf) est venu de la part d’un groupe de chrétiens conservateurs, “The Coalition for Traditional Values” pour descendre en flammes la prestation de la first Lady, la disant en violation des commandements de la Bible qui impose le respect de l’épouse vis-à-vis de son mari.
Je cite l’article :
“Femmes, soumettez-vous de vous-mêmes à vos maris, comme au seigneur, dit Mr DeLong. “Cela signifie que, exactement comme le Christ est à la tête de l’Eglise, l’homme est à la tête de la femme.”
Oui, vous imaginez bien.
Vrai tollé sur le web. Et l’info fut reprise sur le très suivi et très conservateur Drudge Report, sorte de référence type CNN sur le web américain.
Seulement, voilà, le message était un faux.
Ce que, dans le jargon de l’internet, on appelle un hoax. Monté de toutes pièces par le site d’infos parodiques, The Swift Report :
Conservative Christians Not Laughing at First Lady’s Comedy Act.
L’affaire a pris une telle ampleur qu’elle a obligé la très sérieuse “Traditionnal Values Coalition” à démentir officiellement d’avoir tenu de tels propos : hoax press release.
Alors, d’accord, nombre de blogs conservateurs ont attaqué ce communiqué dès qu’il fut connu.
Mais, hé, dans quelle situation est donc ce pays, pour qu’une telle publication paraisse de prime abord authentique ?
Allons…
Complément :
Extrait du speech de la First Lady (sur Fox News, via Crooks and Liars).







03/05/05 à 06:41
Pour le truc des Chippendales, elle a aussi fait référence a y avoir vu Sandra Day O’Connor et Ruth Bader Ginsberg, les 2 (vieilles) femmes de la Cour Suprême. Rien que l’image dans ma tête, c’était très drôle en effet :)
je crois aussi qu’elle a dit qu’il avait essaye de traire un cheval, pas un taureau. “What’s worse, it was a male horse.”
Il faut dire aussi que meme si Laura Bush s’est bien débrouillée dans cette soirée, ce qu’elle a dit n’indique pas forcement son sens de l’humour car le texte n’est pas d’elle. La Maison Blanche a son propre “speechwriter” pour les trucs comiques (pareil pour George). Dans ce cas, il s’agissait de Landon Parvin (voir ici pour les details).
Et le transcript complet du speech.
03/05/05 à 08:32
Ca ne m’etonne pas que ca ne soit pas d’elle: ca ressemble furieusement au speech (tant le ton , dans les blagues) qu’ont fait les jumelles Bush a la convention republicaine.
03/05/05 à 08:44
Exact superfrenchie,
Elle a dit “horse” à la place de “vache”.
Mais c’était impossible à rendre en français… Puisque nous distinguons entre cheval et jument et non entre “horse” et “male horse”.
Alors j’ai pris des libertés sur la traduction pour essayer de rendre l’effet comique.
Et effectivement, tout était bien préparé à l’avance et c’est même George W. Bush lui-même qui a eu l’idée de ce sketch impromptu.
03/05/05 à 13:07
Ca m’aurait etonnee que cela soit “impromptu” et que son mari ne soit pas au courant…..tout ce qu’ils peuvent controler, ils le font…..
03/05/05 à 14:23
c’etait en effet trop beau pour etre vrai…
03/05/05 à 16:11
Ca m’etonnait aussi que tu n’avais toujours pas ecrit de sujet a ce sujet!!!
Moi, je l’ai trouve pas mal ce speech… Cela a plu a beaucoup de gens qui ont vote pour Bush a cause de sa femme!
04/05/05 à 07:40
Ce qu’il y a d’intéressant dans ce style de récit, c’est qu’il ouvre toutes les réactions possibles : depuis le cynique “nous vivons dans une tyrannie mise en scène où même la contestation est muselée par les gens qui ont le pouvoir”, comment en effet reprocher au trio Dock – Cheney – Bush d’aimer tronçonner dans les budgets et les états plus vulnérables que le leur, puisque même la femme du Président en est consciente…
Jusqu’au plus naïf “Quel show improvisé formidable, sans trembler, avec humour et une grande maîtrise de la communication, devant les professionnels des médias, en plus !”.
Les états-pas-si-unis ont ceci de fascinant que leur extrême hétérogénéité culturelle et sociale se retrouve jusque dans l’ambiguité des scénarios de communication mis au point. Par les entreprises, par les politiques, tout autant que par les contestataires…
Ceci étant, les vannes sont bonnes. Y’a vraiment de vrais pros dans le staff de comm de la Bouche family.
04/05/05 à 15:02
“Laura described herself as a desperate housewife whose husband goes to bed to early. To which Hillary Clinton said ‘That must be nice.’”
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