Le Times reconnait la politisation de Star Wars
par Jerome ITU ~ 20/05/2005, 01:01 . Classé dans : Politique US .
“Star Wars Is Quickly Politicized“.
Titre du New York Times de ce jeudi.
Je vous en parlais hier.
Et aujourd’hui, le Times reconnait donc l’existence de la polémique autour du film “The Revenge of the Sith“, très largement relayée par les blogs.
Reprenant donc les mêmes sources, le journal revient sur la petite phrase de Anakin Skywalker relevée par les blogs conservateurs et le sur le boycott lancé par le site Pabaah.com.
Ajoutant que la star de l’info, côté conservateur, Matt Drudge, a lui aussi surfé sur le phénomène en comparant les journalistes en poste à la Maison Blanche aux Sith assoiffés de vengeance, accompagnant le tout d’une photo de Darth Vador.
Le point le plus intéressant, cependant, c’est que le journal s’interroge tout comme moi sur les motivations de George Lucas, surtout quand un tel film est censé être vraiment (vraiment) grand public. Interrogation du Times :
All of which calls into question Mr. Lucas’s decision to have the premiere of the “Star Wars” finale at the Cannes Film Festival. France is sometimes called the biggest blue state of all, after all. And just what was Mr. Lucas – who could not be reached for comment Wednesday – thinking when he told a Cannes audience that he had not realized in plotting the film years ago that fact might so closely track his fiction?
Alluding to Michael Moore’s remarks about “Fahrenheit 9/11″ at Cannes a year earlier, Mr. Lucas joked, “Maybe the film will waken people to the situation.”
Traduction rapide :
Tout cela amène à questionner la décision de Mr Lucas d’avoir la première de son film au Festival de Cannes. La France est parfois appelée le plus grand de tous les états bleus (allusion à la couleur dans laquelle sont représentés les états américains qui votent démocrate).
…
A propos des remarques de Michael Moore à propos de Farenheit 9/11 à Cannes un an auparavant, Mr Lucas a plaisanté : “peut-être que le film va éveiller les gens à la situation”.
On va bien voir comment tout ça va finir…
En tout cas, le Times m’a appris une chose, les deux bords politiques rivalisent d’imagination pour intégrer la thématique Star Wars à leur argumentaire actuel. La palme (!) revient, haut la main, à l’organisation libérale “Move On” qui a lancé une grande campagne pour contrer la croisade du sénateur Bill Frist (le leader du groupe républicain au sénat) contre le “filibuster“.
Répresenté en Chancelier Palpatine, Mr Frist est même le héros d’un clip vidéo humouristique : “Save the Republic“. Pendant que des tracts, alertant le public américain sur ce qui se trame dans les coulisses du Sénat en ce moment même, seront distribués dans les files d’attente du film (cf flyer en pdf).
Pour ceux qui se sont pas au courant de la situation, je vous renvoie vers le billet des correspondants de Libé, “Les fantômes de l’affaire Schiavo“, et vers la définition de Wikipedia.
Juste pour résumer, disons qu’il s’agit d’une opération politique consistant à occuper la scène du Sénat par des discours interminables. C’est le seul moyen, souvent un dernier recours, pour la minorité représentative, pour bloquer des candidatures, du gouvernement en place, à des postes clés de l’exécutif et/ou du judiciaire.
En ce moment, c’est une actualité brûlante puisque les républicains tiennent absolument à faire passer deux candidatures de juges, apparaissant bien trop extrêmistes aux yeux des démocrates qui ont donc déjà bloqués leur nomination grâce au “filibuster” lors du premier mandat de George W. Bush. De fait, les républicains accusent les démocrates de bloquer le bon fonctionnement du système et d’aller contre la volonté du plus grand nombre. Leur leader, le sénateur Bill Frist, menace d’en appeler à un vote pour supprimer le “filibuster” des règles du Sénat (mesure qualifiée “d’option nucléaire” tant elle ferait l’effet d’une bombe dans la démocratie US). Bref, le combat fait rage dans les travées du Sénat américain, même si la recherche d’un compromis entre les deux parties est en cours.
Il faut noter que c’est très souvent une tendance naturelle du parti majoritaire que de tenter de contourner cette règle. Les démocrates l’ont tenté sous Clinton alors que les républicains bloquaient des nominations. Bref, un retour de médaille en quelque sorte. Mais quelques républicains ne voient pas forcément d’un bon oeil cette “option nucléaire”, inquiets qu’ils sont de ne plus disposer du “filibuster” quand ils seront, à leur tour, minoritaires au Sénat.
Je referme la paranthèse mais il faut noter que ce débat est très important car les juges en cours de nominations accèderont à la deuxième plus importante cour judiciaire, juste après la Cour Suprême. Et ces nominations sont des nominations à vie. Donc, avoir des juges sur le banc qui ont des vues polarisées est un souci majeur pour la société américaine…
Malheureusement, continuant son dangereux flirt avec les chrétiens fondamentalistes, le parti républicain, et George W. Bush en tête de file – qui avait pourtant promis de rechercher le compromis et de gouverner pour tous les américains – veulent imposer des juges ouvertement anti-avortement, favorisant la peine de mort, et ayant une tendance à privilégier, dans leurs jugements, les grandes compagnies au détriment des citoyens, .
A ce sujet, Mr Frist a tenu un discours le 26 avril dernier, lors d’une grande messe dominicale, dans une des effrayantes “mega-églises” américaines. Où une foule galvanisée était réunie pour le “Justice Sunday” (!), un ralliement géant contre la pratique du “filibuster“. Complètement surréaliste. Le mélange des genres, à en fair epeur. Heureusement, Jon Stewart est encore là, pour tourner en dérision cette situation ubuesque : Judges V Jesus 05′ (via le blog Crooks and Liars).
A en pleurer… Surtout que Bill Frist avait été lui-même un adepte du “filibuster” sous le gouvernement précédent. Et le voilà expliquant à une foule fièvreuse que les démocrates bloquent des “gens de foi” (”people of faith“) et qu’il faut mettre fin à cette situation insupportable. Hypocrisie, quand tu nous tiens.
Enfin, comme le dit l’article du Times en ouverture, cette dérive vers le débat politicien au sujet de ce Star Wars, décidemment historique, tient plus de l’état de la guerre politique incessante qui agite le pays, que de l’intention première du réalisateur.
Guerre politique certainement alimentée par le développement et l’importance des blogs, au passage…
Complément :
Washington Post blog : The Empire Strikes Bush







20/05/05 à 16:09
Passion of the Christ c’etait quand meme autrement plus controversé, et plusieurs mois après…aux oubliettes, la récuperation politque de Star Wars ne devrait pas trop durer non plus, tous juste des gesticulations dans le vide.
22/05/05 à 01:24
Un bon film dans le genre, meilleur que les dernieres re-editions, mais encore tres inferieur aux originaux.
Chercher la critique de l’administration Bush dans ce film… Si les gauchistes arretaient d’etre aussi stupides, ils auraient peut etre un peu plus de succes aux elections.
23/05/05 à 04:33
En france aussi, le thème de Star Wars a été repris dans le cadre de la campagne référendaire. En effet, des étudiants avec des T-Shirt “les étudiants pour le oui” distribuent eux aussi des tracts dans les files d’attentes des cinéma. Leur tract appelle à lutter contre le coté obscur incarné par le Non.
http://www.etudiantspourleoui.com/article260.html