Ecoutez-moi ces MP3

par Jerome ITU ~ 01/07/2005, 10:50 . Classé dans : Penn State, Vie d'expat .


Vous avez certainement eu vent des jugements très importants rendus par la Cour Suprême des Etats-Unis ce lundi.

Je reviens sur le cas MGM v. Grokster, où la cour s’est prononcée à l’unanimité (c’est plutôt rare) en faveur de la MGM et donc des studios. Loin de moi l’envie de polémiquer sur le sujet (rendez-vous chez “Sons Of Skadi”), même si, au premier abord, il me semble que ce soit un jugement rétrograde, avec de larges conséquences potentielles sur l’innovation technologique.

Bon, si vous n’avez pas suivi, résumé des faits.
La Cour Suprême a rendu illégal les réseaux d’échanges de fichiers de type Kazaa, sous le motif de la promotion de leur utilisation frauduleuse par leurs propriétaires et créateurs. Un jugement qui était très attendu dans le domaine du copyright, et qui renverse l’interprétation habituelle du cas qui avait fixé la règle en 1984 : Sony (avec sa technologie Betamax) contre Universal City Studios. La Cour avait rejeté les craintes des studios de cinéma, argumentant que la copie de leurs films, rendue possible par les magnétoscopes Betamax, violait le principe du copyright. Pour la Cour Suprême, Sony n’était pas responsable de l’utilisation frauduleuse de sa technologie par ses clients.

Si cette nouvelle décision semble logique à la réflexion, de toute façon, la technologie évoluera toujours trop vite par rapport à la réactivité de la justice. Donc les téléchargeurs fous, compilateurs de collections de MP3, peuvent dormir sur leurs deux oreilles. De plus, il suffit au service d’être géré à l’étranger, pour tomber hors du champs de la décision. Alors…
Je me demande juste comment Apple va pouvoir continuer à vendre ses Ipods. Sans rires, qui a les moyens de stocker 10 000 chansons payantes dans le petit joujou de la pomme ? Hypocrisie, quand tu nous tiens…

Bref, tout ça pour dire que ce jugement de lundi, a déjà des conséquences pratiques.

La RIAA a déjà déposé plainte contre 784 utilisateurs des services d’échanges de fichiers (réseaux peer-to-peer) Kazaa, Limewire, et Grokster.

Ici, à Penn State, le président, Graham Spanier a publié un texte, dans la newletter quotidienne de l’université, pour exprimer toute l’importance de l’implication du système éducatif dans la lutte contre les infractions au copyright (puisque les réseaux internet à haut débit des université américaines sont largement utilisés pour ces téléchargements illégaux par les étudiants) :

Statement by Graham B. Spanier
President, Penn State University
Co-Chair, Committee on Higher Education and the Entertainment Industry

The Supreme Court, in its unanimous ruling in the MGM v. Grokster case, has brought further clarity to the line between right and wrong when it comes to the theft of copyrighted works. At no time has our responsibility to address the problem of copyright infringement been greater than it is today.

Although not directly involved in the high court’s ruling, educational institutions would do well, in light of the decision, to examine their policies and practices surrounding the inappropriate use of university networks to access peer-to-peer services that are clearly intended to be used for the piracy of movies and music.

We can and should raise awareness of copyright issues, teach our students about integrity, and prove that the higher education community values ethical behavior on its campuses. If we allow students to leave college without comprehending that piracy is wrong, we are failing a generation in more ways than one.

Working with music and motion picture executives, the higher education community has made tremendous progress in addressing piracy on our college campuses. Yet there is considerable work still to be done.

Pour éviter que son université ne tombe sous le coup de la loi sur le copyright, Graham Spanier a mené une action préventive depuis plusieurs années. Dans le but d’éviter d’éventuelles poursuites (rôle d’un président) et de placer Penn State à la pointe des attentes de ses étudiants-clients, friands de musique MP3.

De fait, Penn State a été la première université américaine à proposer une alternative viable à ses étudiants. Grâce à un accord révolutionnaire, passé avec le nouveau service Napster en fin 2003, les étudiants peuvent écouter et télécharger des chansons, sous forme de fichier MP3, à volonté. Dans la limite du stock des 800 000 proposées par Napster.

Comment ça marche ?

  • Chaque étudiant inscrit à l’université est automatiquement abonné au programme. Gratuitement. Ca fait partie du service de la fac à part entière, comme l’accès à la bibliothèque par exemple. Le service étant inclus dans l’accès aux outils technologique (dans la facture globale de l’inscription).
  • De fait, il peut télécharger autant de titres qu’il le souhaite sur son disque dur ou son lecteur MP3. Ou les écouter en streaming audio depuis le site.
  • Evidemment, pour rester dans le cadre légal du copyright (même si c’est l’unviersité qui gère le service et le paiement vers Napster), il y a une limite : il est impossible de graver ces fichiers sur un CD ou un DVD. Et l’abonnement au service s’arrête dès que l’inscription à l’université prend fin, rendant tous les fichiers inutilisables.
  • Chaque étudiant a le choix aussi de payer, pour conserver ses chansons. Tarif classique à 99c la chanson unitaire et 9,95 dollars l’album complet.
  • Les membres de l’administration, le corps enseignants, tous les salariés ont accès au service, via un abonnement mensuel de 6,95 dollars (au lieu des 9,95 standards).

Et pour finir le tableau, un accord a même été trouvé récemment, pour la mise en ligne des oeuvres des groupes locaux :
Napster now featuring Penn State bands.
Fou.

Donc, en bref, une initiative très pertinente qui répond aux attentes de toutes les parties.
Restes aux maisons de disque à comprendre le message envoyé par les utilisateurs de ces réseaux d’échange : le modèle économique n’est plus adapté à l’heure d’internet. Il faut plus de souplesse. Et en plus, les consommateurs sont prêts à jouer le jeu, si une alternative intelligente est proposée. Il suffit de voir le succès du service iTunes de Apple pour s’en rendre compte.

Alors, messieurs les grands pontes, qui dirigez la musique, les films et même les jeux vidéo, enlevez vos oeillères et répondez aux attentes de vos consommateurs !
C’est le sacro-saint marché qui vous le demande.

3 Réponses sur Ecoutez-moi ces MP3

  1. Quark

    Voilà une très bonne initiative.
    Par contre, c’est à peu près certains que des étudiants trouveront bien un moyen de garder les fichiers téléchargés pendant l’université.

  2. Jerome

    Ben, en fait, c’est ma grande question.

    Puisuqe ce service est accessible à tous : pas seulement aux étudiants de Penn State (et d’ailleurs plus de 40 universités américaines s’y sont mises depuis). Ces étudiants, ils ont “juste” un accès gratuit. Mais moyennant 9,95 $/mois, vous pouvez y avoir accès vous aussi.

    Napster se pose en concurrent de iTunes (à tel point qu’ils avaient acheté des écrans publicitaires lors du dernier SuperBowl), avec un modèle économique différent . Au lieu de débourser 5000 dollars pour vos 5000 chansons (sinon quel intérêt d’avoir un Ipod ?), vous payez “seulement” 9,95 dollars par mois pour un nombre illimité.

    La question est : il a-t-il un moyen (illicite donc) de garder ces fichiers opérationnels après la fin de oeuvre abonnement ?

    Comment le fichier “sait” que l’abonnement est terminé ?

  3. Quark

    Le droits d’accès sont gérés par les DRM (digital rights management). Il faut donc en plus des lecteurs capables de prendre en charge ce formats un peu “spéciaux”.
    Connaissant le talent des hackers, je pense que ces bridages sont déjà “cassés”.

    Une autres chose m’intrigue. Sur le court terme l’intérêt est évident mais sur le long terme comment justifier cet abonnement si on ne télécharge plus de nouveau morceaux. Il faudrait que les morceaux téléchargés s’amortissent dans le temps. C’est à dire qu’au bout d’un certain temps, le fichier téléchargé soit considéré comme définitivement acquis et qu’il ne nécessite plus d’abonnement pour pouvoir se lire.

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