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Journaliste en prison, démocratie en action ?

par Jerome ITU ~ 06/07/2005, 20:16 . Classé dans : Politique US .

 Copie d’écran du site MSNBC, à 16h49, heure de l’est des Etats-Unis.

Thomas F. Hogan, juge fédéral, a donc décidé d’envoyer Judith Miller, journaliste du New York Times, en prison.

Son crime ?
Refuser de divulguer ses sources sur l’affaire Valerie Plame, agent secret de la CIA dont le nom a été publié dans la presse américaine. C’est interdit aux Etats-Unis depuis une loi de 1982 : vous risquez 10 ans de prison si vous divulguez le nom d’un agent secret.

Le plus fou ?
Judith Miller n’a jamais rien écrit sur l’affaire. Elle s’est contenté de faire un travail d’enquête. Deux autres journalistes ont eux publié le nom en question, dans un article :

  • Le premier a avoir divulgué le nom de Valerie Plame est Robert Novack, dans une lettre ouverte publiée dans le New York Times du 14 juillet 2003.
  • Matthew Cooper a repris ensuite l’info sur le site web du magazine Time, 3 jours plus tard.

L’histoire ?
(source : timeline de CNN)

  • 6 juillet 2003 : presque 3 mois après la chute de Bagdad, Joseph Wilson, ancien ambassadeur, écrit une lettre d’opinion dans le New York Times révélant qu’il a enquêté sur le rapport de la CIA, datant de 2002, impliquant une pseudo-transaction entre le Niger et l’Irak de Saddam Hussein cherchant à acquérir de l’uranium. Il met clairement en doute la réalité de cette transaction.
  • 14 juillet : Novack publie un article en représailles. Révélant donc le nom de Valerie Plame, épouse du Joseph Wilson incriminé. Novack suggère qu’on envoie ce dernier au Niger, et cite deux sources bien informées à la Maison Blanche pour attester de sa révélation.
  • 26 septembre : La CIA saisit le département de la Justice pour qu’une enquête judiciaire soit ouverte.
  • 29 septembre : Novack dit qu’il ne révélera pas ses sources et que la CIA lui a demandé de ne pas révéler le nom de l’agent.
  • 21 mai 2004 : La justice s’en prend à Cooper et à Time magazine. Tout deux refusent de coopérer.
  • Entre juin et juillet : Dick Cheney, George Bush, Collin Powell parmi d’autres, sont soumis à l’interrogation du Grand Jury dans le but de lever le voile sur la source gouvernementale qui a révélé le nom aux journalistes. George Bush, prévenant, engage même un avocat à titre privé, pour prendre conseil…
  • 12 août : La justice s’en prend à Miller et au New York Times. Qui refusent à leur tour de coopérer.
  • Octobre : Miller et Cooper passent devant la cour et sont menacés de prison.
  • 30 juin 2005 : après que la Cour Suprême ait refusé de se prononcer sur le cas des deux journalistes menacés de poursuites, Time magazine décide de remettre les notes de son journaliste, Matthew Cooper, à la justice. Espérant lui éviter la prison de fait et indiquant que le magazine n’est pas au-dessus des lois, quand même la Cour Suprême se prononce ainsi.
  • 3 juillet : un avocat de Karl Rove, le fameux proche conseiller de George Bush et architecte de sa compagne électorale en 2004, révèle que Rove a parlé avec Cooper avant que le nom de Plame ne soit rendu publique. Sans préciser si Rove lui a lui-même fait quelque révélation que ce soit.
  • 7 juillet : Refusant toujours de coopérer, Miller est envoyée en prison. Cooper, encore sous la menace, annonce au dernier moment qu’il va coopérer car sa “source” lui a indiqué, par téléphone avant qu’il ne parte pour le tribunal, être d’accord pour qu’il témoigne.

Bref, une drôle d’affaire, digne des meilleurs romans d’espionnage, où se mêlent guerre en Irak, CIA, presse, justice et les plus grands noms du gouvernement américain. Certains questionnent le rôle de Novack, le premier à avoir révéler le nom de l’agent secret, et qui n’a jamais été inquiéter par la justice.
A-t-il collaboré de lui-même malgré ses dénégations ?
A-t-il passé un accord avec le juge ?
Ou ses sources l’ont autorisé à témoigner ?
Si oui, quel intérêt peut bien avoir le témoignage des 2 autres journalistes ?
Novack refuse toujours de s’exprimer sur le sujet malgré les demandes insistantes de ses paires.
Il a annoncé qu’il dirait tout quand l’affaire sera terminé, et a déploré la mise en accusation de journalistes.

En attendant, comment se réjouir qu’une journaliste aille en prison, dans la plus grande démocratie du monde?
Simplement invraisemblable.

Quelque part, la liberté de la presse, même si l’affaire est complexe, n’en sort pas grandie…

15 Réponses sur Journaliste en prison, démocratie en action ?

  1. Arno

    La presse est morte aux USA depuis que Fox News est née…

    PS: Pas taper, ca s’appelle du cynisme

  2. Quark

    je comprends pas…Miller n’est pas à l’origine de la divulgation de l’info si j’ai bien compris alors pourquoi est-elle envoyée en prison?
    La liberté de la presse est déjà mal en point aux states, ce n’est pas avec cette affaire que ça va s’améliorer.

    Fox News est une merveille. C’est la seule chaîne de non-information en continu.

  3. PaxaBlog

    Judith Miller en prison

    Pour faire court :

    Bush a confi un ancien ambassadeur, Joseph Wilson, le soin de faire une enqute sur la prsence d’uranium des fins terroristes au Niger et la trace de transactions sur cet uranium entre le Niger et l’Irak.
    Joseph Wilson a…

  4. fumble

    Quark vous êtes bien sympa avec Fox News : la non-information, c’est HBO.
    Fox News, ce serait plutôt de la désinformation ou de la propagande.

  5. Quark

    je ne connais pas HBO à part leurs séries géniales comme Band Of Brothers, Six Feet Under, Sex and the City, Oz, The Sopranos, etc.

    Fox News c’est les comiques de l’info. Les ptits gars qui font rire. En fait c’est un peu comme une version grandeur nature et en continu des guignols de l’info…sauf que eux ils se prennent au sérieux.

  6. dab'

    Un autre problème, c’est que Miller a écrit des papiers accréditant la présence de matériel nucléaire en Irak. Elle fut à maintes reprises critiquées pour avoir biaiser l’info et servi à Bush des arguments “clé sur porte” pour justifier l’invasion de l’Irak. Déjà en 1986, elle avait activement participé à la campagne de désinformation orchestrée par Reagan contre la Libye (Woodward avait publié un papier sur cette stratégie, incluant Miller). Sans oublier ses bouquins sur Ben Laden e Al-Quaida.
    Bref, si je soutiens le droit au secret des sources pour les journalistes, dans ce cas-ci, se taire revient à protéger les responsables de la Maison Blanche qui ont balancé le nom de Palme à la presse. Donc: que la justice fasse sont boulot et l’oblige à révéler que c’est bien Rove qui est à l’origine des fuites. Dans les deux cas, Bush est dans la merde (mais depuis le temps qu’on le dit …)

  7. O va le monde?

    La source de la prison

    Une journaliste amricaine a t condamn de la prison pour non divulgation de sa source. Le dtail de l’affaire sur le blog de Jrome.
    Voil une dcision qui nuit encore un peu plus la libert de la presse amricaine. Il faut dire…

  8. Quark

    Il ne s’agit pas de savoir si ce qu’elle écrit est bien ou mal. Le résultat de cette affaire pourra servir de jurisprudence à d’autres affaires du même style où des journalistes seront accusés pour avoir rapporté une info que d’autres ne voulaient pas voir sortir.

  9. Jerome

    dab’
    Le fait que ce soit une journaliste pro-Bush n’a rien à voir sans l’affaire présente. De plus, c’est plutôt à mettre au crédit du NYT du coup, tellement accusé de pencher à gauche.
    Quel journaliste n’est pas biaisé ?

    Et s’il y a des suspicions autour de Rove, pourquoi ce n’est pas lui qui a passé la nuit en prison ?? Miller n’est coupable d’aucun crime, à part celui de non-délation.

    Rove serait doublement coupable puisqu’il a déjà témoigné devant le grand jury et affirmé ne pas être la source de la fuite. Et il a, de plus, signé le document requis par le juge, autorisant tout journaliste à divulguer la teneur de ses conversation avec lui, rendant caduque la ligne journalistique de protection de la source, défendue par Miller et Cooper.

    Clairement une affaire à suivre en tout cas

  10. dab'

    Jérome

    Tu as raison en disant que le fait qu’elle soit pro-Bush n’a, en soi, rien à voir. Elle aurait été pro-Clinton que ça ne changerait rien au problème. Ceci dit, quand tu vois comment ses articles ont servi de faire-valoir et d’alibi dans les discours de Rumsfeld et Rice entendus en septembre 2002 (7 mois avant l’entrée en guerre, bien avant le passage devant l’ONU de Powell), il y a de quoi se poser des questions. Le NYT a lui-même reconnu que les articles publiés à ce sujet étaient uniquement sourcés de l’entourage de Chalabi. Et c’était Miller qui faisait le relai en estampillant ses papiers d’un “secret défense” pour attirer le chaland … Mais comme tu le dis, quel journaliste n’est pas b(i)aisé ;) je suis bien placé pour m’en rendre compte.

  11. Jerome

    En tout cas, le NYT prend l’affaire très au sérieux et invoque même les Pères Fondateurs pour justifier la proctection des sources.

    Voir l’édito de ce jeudi. Dithyrambique.
    >> Judith Miller Goes to Jail

    Extraits :

    She is surrendering her liberty in defense of a greater liberty, granted to a free press by the founding fathers so journalists can work on behalf of the public without fear of regulation or retaliation from any branch of government.

    —–

    By accepting her sentence, Ms. Miller bowed to the authority of the court. But she acted in the great tradition of civil disobedience that began with this nation’s founding, which holds that the common good is best served in some instances by private citizens who are willing to defy a legal, but unjust or unwise, order.

    —–

    The point of this struggle is to make sure that people with critical information can feel confident that if they speak to a reporter on the condition of anonymity, their identities will be protected. No journalist’s promise will be worth much if the employer that stands behind him or her is prepared to undercut such a vow of secrecy.

    —–

    Indeed, the founders warned against any attempt to have the government set limits on a free press, under any conditions. “However desirable those measures might be which might correct without enslaving the press, they have never yet been devised in America,” Madison wrote.

    —–

    All of our battles have not had equally happy endings. But each time, whether we win or we lose, we remain convinced that the public wins in the long run and that what is at stake is nothing less than our society’s perpetual bottom line: the citizens control the government in a democracy.

    We stand with Ms. Miller and thank her for taking on that fight for the rest of us.

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