Témoignage d’Angleterre
par Jerome ITU ~ 21/07/2005, 16:45 . Classé dans : Blog Actu, Mon blog .J’ai enfin reçu des nouvelles de Fumble.
Comme les habitués le savent sans doute, Fumble est un lecteur de ce blog depuis la première heure (croisé lors de délires communs sur les blogs du Monde et de Libé pendant l’élection US de novembre 2004) et participe régulièrement avec ses avis parfois - très - tranchés (comme lors des débats sur le vote de la Constitution Européenne).
Or, il avait maintes et maintes fois indiqué qu’il vit en Angleterre.
Et depuis les attentats du 7 juillet, il s’était fait silencieux, au point de ne plus intervenir du tout. Du coup, je me suis inquiété. Et j’ai décidé de lui envoyer un email pour demander de ses nouvelles… Et il a été quelque peu surpris de ma démarche.
Comme je le lui ai précisé ensuite, il y a de vraies personnes derrière les bloggeurs et les participants, même derrière les plus décalés des pseudo.
Et si le blog sert à partager et à échanger, il ne doit pas en être pour autant déshumanisé. C’est pour ça, d’ailleurs, que je vous encourage à laisser des adresses emails valides quand vous commentez (et quand vous m’écrivez - of course - via la page contact) : celles-ci n’apparaissent pas sur le blog, donc aucune crainte de spam et ça permet une vraie communication. En cas d’urgence au moins. Enfin, c’est vous qui voyez…
Donc, Fumble va bien.
Il ne vit pas à Londres, le bougre, mais à Oxford. Il n’a pas eu l’humeur de commenter sur ce blog depuis. Ca se comprend. Il m’a cependant donné l’autorisation de publier sa réponse à mon email. Alors voilà, je trouve intéressant d’avoir un témoignage de la situation là-bas, témoignage qui résonne encore plus avec les nouvelles bombes d’aujourd’hui et qui, en l’occurence, reflète bien la réaction anglaise et notre incrédulité vis à vis de ce stoïcisme mi-héroïque, mi-inquiétant.
La parole est au “camarade” Fumble :
En tous les cas, fin du suspense : Je n’ai pas fait le fumble de prendre le metro ce fameux jour où il ne fallait pas - plutôt facile en travaillant à Oxford. J’ai juste été plutôt occupé ces derniers temps, et je commence à peine à rattrapper mon retards sur mes mails persos…
Je suis allé passer un week end à Londres juste après les attaques (le week end du 9, donc) et je trouve intéressante la façon dont les anglais - ou au moins ceux que j’ai cotoyés - ont réagit.
Mes collègues : rien à foutre. Strictement rien de changé au bureau, aucune réaction particulière. En fait, c’est une collègue française qui m’a mis au courant. On est allé suivre les premiers reportages sur la télé d’une des salles de réunion, et nous étions les seuls - il y avait plus de monde pour regarder les films de présentation des villes pour l’attribution des JO.
J’en ai parlé un peu avec mes collègues immédiats pendant les jours suivants, mais nous avons rapidement repris nos discussions sur qui était le meilleur James Bond - Pierce Brosnan, évidemment.Les marchands d’antiquités de Porto Bello : pragmatiques. Ce qui les inquiète le plus, c’est la réaction des touristes qui risquent d’annuler leur voyage à Londres. Et les touristes sont vitaux pour cette petite enclave - charmante au demeurant - près de Notting Hill.
La dame qui aide à choisir le thé chez Harrods : flegmatique et fataliste. En fait elle travaillait déjà chez Harrods en 83 quand l’IRA a fait exploser une bombe juste à côté. “Terrorism is an old story in the UK”, comme elle dit…
De façon générale, toute la population se glorifie dans son héroïsme très nationaliste un peu étrange pour le français que je suis - même s’il doit y avoir 70 familles sans doute plus touchées que d’autres… Je suis soufflé par leur capacité à rebondir, à reprendre leur vie sans se laisser impressionner. Oxford Street était peut-être un peu moins bondée que d’habitude, mais c’était quand même très occupé, et le marché de Brick Lane était toujours aussi vivant, plein de gens venus profiter des bbq qui fleurissent et s’étalent dans les rues.
J’hésite entre l’admiration pour ce peuple courageux qui a su supporter sans fléchir les bombardements allemands, les attaques de l’IRA, et maintenant le terrorisme islamiste domestique, et l’incrédulité presque inquiète vis-à-vis d’un flegme dénué d’émotion et de sensibilité. Même le Guardian abordait le sujet dans un de leurs éditos, en expliquant que les espagnols, par exemple, étaient choqués par le stoïcisme des britanniques.
Finalement, c’est assez emblématique de leur capacité d’adaptation, d’évolution, de flexibilité, mais aussi de fatalisme un peu impassible (presque soumis…) - qu’on retrouve dans beaucoup d’aspects de leur société, économique, entre autres…Sinon, c’est quand même écoeurant de voir le profil des terroristes de Londres : des gens intégrés, nés et élevés en Angleterre, issus de familles non fondamentalistes… Apparemment, même la culture et l’éducation ne sont pas un rempart efficace contre l’obscurantisme !
J’ai failli réagir sur ton blog, et pis finalement pas trop le coeur - dans quel monde vivons-nous, disais-tu ? Dans un monde de plus en plus sale et con, à mon avis….
…












21/07/05 à 19:31
Bonjour Jérôme,
Nouveau venu sur votre blog - que je trouve remarquable - je réagis sur votre dernière entrée. Je ne tombe nullement dans le sentimentalisme en ce qui concerne les attentats de Londres. Bien au contraire, je suis de ceux qui estiment qu’ils ne l’ont pas volé ! Oui, je sais déjà les réactions que ce genre d’opinion entraînera… Comme de coutume les médias donnent dans l’unanimisme sur la barbarie, l’horreur, l’inhumanité des terroristes etc. Je n’ai pas souvenir de telles réactions indignées quand il s’agissait - entre autres -de l’opération “shock and awe” où les Américains - avec la complicité des Britanniques -faisaient pleuvoir sur Bagdad des bombes et des missiles lancés de plusieurs centaines de km de distance et qui - très certainement - n’ont jamais causé la moindre égratignure à qui que ce soit qui se trouvait aux points d’impact… souvenez-vous comme c’était tellement télégénique sur les écrans de CNN ou de la Fox. Quant aux prétendus innocents de Londres j’ai l’audace de penser que la majorité n’était pas si innocente qu’on nous le martèle. Parmi la cinquantaine de morts, combien ont approuvé la guerre en Irak il y a 30 mois ? Et quand il s’est agi des élections de mai, combien ont voté travailliste ou conservateur c’est-à-dire pour les deux partis qui soutenaient cette folie criminelle ? La réélection de Blair est bien le fait d’électeurs qui savaient qu’on les avait roulés dans la farine avec les armes de destruction massive, qui ont eu 2 ans pour comprendre la responsabilité de leurs politiciens dans le désastre et le carnage qui s’en est ensuivi en Irak et qui néanmoins ont reconduit Blair en faisant l’impasse sur la guerre d’Irak et en se focalisant sur leur petite situation économique. 25.000 morts en Irak comme conséquence d’une guerre non provoquée, illégale et bien loin de leur frontière de telle sorte qu’on se croit bien à l’abri d’éventuelles représailles… Mais la guerre, c’est donner … et recevoir. Si infime que soit la responsabilité de la plupart des morts de Londres elle n’en est pas moins réelle par le consentement peu ou prou tacite qu’ils ont accordé à cette aventure criminelle. Les 25.000 morts Irakiens, eux, n’ont certainement pas consenti à quoi que ce soit et certainement pas à recevoir le nec plus ultra de l’armement occidental sur la g…
Comme n’avaient de cesse de le répéter le gang Bush/Blair “the world is safer without Saddam Hussein”. Bien vu…
Ces politiciens n’ont évidemment aucune vergogne et Blair veut à présent persuader les Brits que les terroristes ne vaincront pas la GB, qu’ils n’altéreront pas les valeurs occidentales et que la “guerre contre le terrorisme” se poursuit. Vont-ils donc à présent envahir le Pakistan, l’Egypte, la Syrie ou l’Indonésie ? Blair - et Bush - ont évidemment tout intérêt à noyer leur responsabilité immédiate dans ces carnages en éludant la question irakienne - directement à l’origine de ces représailles - et en invoquant une menace mondiale qu’eux seuls sont susceptibles de contrer grâce à leur résolution, leur fermeté et leur clairvoyance. “Continuons à faire peur aux peuples pour qu’ils nous suivent et que nous soyons hors d’atteinte de leur ressentiment”. Voilà 2 irresponsables criminels qui foutent le feu aux poudres et ne savent plus quoi faire d’autre pour sauver leur peau que la fuite en avant, les conséquences de leur folie originaire leur servant de justification après-coup par un renversement de la chaîne de causalité. Blair en est à nous reservir que 9/11 était antérieur à la guerre d’Irak (comme Fini le ministre italien des affaires étrangères aujourd’hui) c’est-à-dire à réchauffer le mensonge éhonté qui leur avait servi à justifier l’attaque sur l’Irak en justifiant l’agression par un hypothétique complicité de Saddam Hussein avec les terroristes du WTC. Et les médias à leur service travaillent à ce que tout le monde gobe ça…
Quant au prétendu “flegme” britannique, c’est une belle légende à laquelle j’ai souscrit en mon temps et qui semblerait avoir été mise en place par les services de communication de l’armée en 1940 pour réconforter le peuple britannique en le flattant de son stoïcisme dans les (bien pires) épreuves d’alors. Certes les Brits ont été remarquables en 40/45 il n’y a pas à contester ce point, mais le coup du flegme s’est enracinné jusqu’à devenir un cliché. ces attentats auraient-ils eu lieu en Allemagne on (les médias)nous aurait parlé de la discipline des Allemands dans l’épreuve. En Suède on aurait eu droit à la froideur et à la retenue des Scandinaves, au Brésil à la bonne humeur qui n’aurait cessé de réchauffer les coeurs etc. Lors des attentats parisiens des années 80/90 les Français ont-ils été moins flegmatiques que les Britanniques ?
Voilà un morceau pas vraiment politiquement correct mais j’ai cru comprendre que ce carnet était d’une ouverture d’esprit et d’une qualité
particulières.
21/07/05 à 22:37
Flocon,
“je suis de ceux qui estiment qu’ils ne l’ont pas volé …”
C’est innomable, je trouve ça deplacé.
On ne peut pas trouver injuste des guerres (peut on trouver des guerres juste ?) et en même temps comprendre (justifier?) des attentats, ça me dépasse…
“C’est con la guerre”
J. Prevert
21/07/05 à 22:43
J’avais a peu pres la meme impression lorsque je vivais a Londres. En generalisant, les Anglais absorbent les coups durs et l’adversite avec une aisance deconcertante. C’est un gros avantage quand des pimpins font peter des bombes dans le metro. Dans d’autres situations, cette attitude les amene, a mon avis, a accepter des choses qu’ils ne devraient pas accepter. Mais cette endurance n’en est pas moins admirable d’une certaine facon.
22/07/05 à 05:16
Face aux commentaires de Flocon, je conseille vivement la lecture de l’op/ed de olivier Roy dans le NY times :
http://www.nytimes.com/2005/07/22/opinion/22roy.html
qui me parait beaucoup plus realistes quant à l’analyse des causes.
Mais je suis d’accord concernant le flegme …
22/07/05 à 05:36
Je suis moi aussi nouveau venu sur ce blog. Je le lis régulièrement depuis un mois et ne pensais pas intervenir.
Mais je suis profondément choqué par l’attitude de Flocon. La perte de vie humaines va au delà des considéretions politiques d’une nation. Une vie est une vie. Point! Que les victimes appuyent leur gouvernement ou pas dans leur politique extérieure ne légitime pas le fait d’être pris pour cible lors d’attentats. Je trouve que ton point de vue cher Flocon, n’est pas si différent de l’attitude, du raisonnement de Bush et cie ou de leur électorat. En lisant ton commentaire, j’ai l’impression que tu te réjouis que les britaniques soient victimes du cautionnement d’une partie de ce peupleà la guerre d’Irak.
Je suis vraiment attristé par le tournant que prend le monde en cet instant, j’espère que toute cette haine va régresser.
Quand au flegme typiquement anglais, je suis en train de me demander s’il ne déteint pas un peu sur l’Europe. Habitant la Belgique, j’ai l’impression que le peuple est attristé, mais nullement paniqué par ces tueries qui se rapprochent de chez nous.
Je voudrais terminer par les paroles d’un poète britanique (tiens tiens ;-) ):
Imagine all the people
living for today…
22/07/05 à 06:13
Ce qui m’attriste c’est que ce sont toujours les mêmes qui paient le prix des décisions des dirigeants de ce monde : le bon peuple, parce qu’il va bosser (faut bien qu’il bouffe) ou parce qu’ils se trouvaient au mauvais endroit quand un B-52 a laché ses bombes.
Le problème c’est que des Blair ou des Bush qui crient au loup contre le terrorrisme dans les pays occidentaux font la même chose dans le reste du monde, tartuffe ?
Blair quand il a suivi Bush dans sa “croisade” contre l’Irak n’avait aucune légitimité, la majorité du peuple britanique était contre cette guerre, mais comme il n’y avait pas d’élections à court terme il y est allé quand même, malgré les manifestations.
Dans ce genre de situation le peuple devrait se révolter plus violement pour faire comprendre à leurs dirigeants que non, ils ne font pas ce qu’ils veulent… Mais en occident ce type de réaction populaire a disparu.
Peut-on pour autant dire que les Anglais ne “l’ont pas volés” ? Non je ne crois pas.
Si les terrorristes avaient fait sauté le 10, downing street alors oui Blair ne l’aurait pas volé.
22/07/05 à 07:16
Avant de poster - plus brièvement - je veux remercier Jérôme de son hospitalité et de sa tolérance. Raisons pour lesquelles je n’en abuserai pas au-delà de raisonnable (oui, je sais, vous allez me dire que c’est moi qui suis en train de les fixer selon mes besoins les limites du raisonnable).
Merci également à ceux qui ont réagi et à leur modération, nous sommes décidément entre gens de bonne compagnie…
A Jean-Philippe : oui, c’est con la guerre, c’est même pour cela qu’il ne faut pas en déclancher. Quand on sème le vent… le reste est du sentimentalisme. L’expression qui t’a tant choqué, “ils ne l’ont pas volé”, si tu y réfléchis une seconde se refère à la chaîne de causalité qu’ont déclanchée les Bush and Blair. Eux l’ont très bien compris qui n’ont de cesse de vouloir nous persuader que les attentats de Londres -qui ne sont que la monnaie de leur pièce - n’ont rien à voir avec la guerre d’Irak. Ben voyons…
A Iguane : l’article auquel tu renvoies mérite d’être discuté avec toi mais comme je l’annonce en tête de commentaire, il ne convient pas d’abuser de l’hospitalité de Jérôme. Nous aurons peut-être une autre occasion d’échanger.
Aux autres, merci de leur participation.
22/07/05 à 07:41
Le flegme des Londoniens? Je pense que tout le monde réagit à sa façon. Cela va du fatalisme résigné à la paranoia incontrolée. Les gens se dévisagent les uns les autres dans les transport en commun. D’autres continuent de lire leurs jouranux. Plus personne de n’assoit au dernier rang de l’étage des double deckers bus. Il y a des gens qui demandent à ce qu’on retire les troupes d’Irak. D’autres veulent que les madrasas du Pakistan soient bombardées. Pendant les évacuations, si certains sortent calmement, d’autres fuient en courant en bousculant tout le monde.
Impossible de généraliser.
22/07/05 à 07:46
Flocon, “je suis de ceux qui estiment qu’ils ne l’ont pas volé ! Oui, je sais déjà les réactions que ce genre d’opinion entraînera…”
Qui c’est « ils » ?
Tu parles de Christian Njoya Small, de JONATHAN DOWNEY, de Lee Harris, de LEE BAISDAN, de Laura Susan, de Marie Hartley ou des 50 autres ??? http://www.libertyunites.us/tribute-view-category-222.html
“Une guerre ne fait pas cent mille morts, mais cent mille fois une mort”
C’est grave de penser que quelqu’un mérite de finir comme cela peut importe le Pays, la religion ou le contexte politique.
Jérôme, J’applaudi ta démarche vis à vis de Fumble.
« L’indifférence est une infirmité de l’esprit et du coeur. »
22/07/05 à 07:54
Le probleme d’une guerre qui declenche des attentats c’est selon moi que d’un coté comme de l’autres il y a des victimes innocentes mais dans 2 styles tres differents.
D’un coté, la guerre est officielle, les gens savent que les bombes vont tomber, certes ils ne savent pas où (encore que mine de rien les americains concentrent quand meme les tirs sur des infrastructures militaires plutot que sur des quartiers residentiels). Beaucoup de victimes sont innocentes, mais dans le cas de l’Irak les innocents mourraient aussi avant l’arrivée des GI, selon les sautes d’humeur de Saddam à l’encontre de telle ou telle ethnie, c’est un point que beaucoup de gens semblent oublié.
D’un autre coté les attentats en réponse a ces guerres sont a mon sens horriblement laches, visant uniquement des innocents et frappant aléatoirement.
Si j’en vient a me battre avec un joueur de l’equipe adverse, voire avec ses coequipiers lors d’un match, soit! Mais de la a aller taper sur sa femme et ses enfants dans son dos, je trouve qu’il y a un problème dans le rapport de causalité.
22/07/05 à 08:45
> Flocon: “Bien au contraire, je suis de ceux qui estiment qu’ils ne l’ont pas volé !”
T’as vote Chirac en 2002?
En supposant que oui (et si c’est non, alors c’etait Le Pen!), tu te sens responsable pour tout ce qu’il dit et fait? Et de ses frequentations africaines telles que Mugabe ou son “ami personnel” le regrette Eyadema?
Et si un ennemi de ces dictateurs africains vient en represailles et au nom de la liberte de son peuple (une cause quand meme un peu plus noble que celle des terroristes islamistes, qui eux se battent pour, entre autres, un retour a la sharia) jeter une bombe dans une rame de metro dans laquelle tu passais, tu trouves aussi que tu l’auras pas vole?
22/07/05 à 09:09
Effectivement, Flocon, pour une première, c’est une première !
Bon, évidemment, je ne suis pas d’accord avec toi, et les raisons ont déjà été citées :
Mais tout cela importe peu finalement.
Ces terroristes auraient certainement frappés avec ou sans Irak. L’idéologie d’Al Quaeda n’a pas changé depuis les années 90, bien antérieures à la guerre en Irak. Même si cette dernière leur fournit un nouveau champ de recrutement (d’où je pense sont issus les terroristes londoniens) : c’est une croisade contre l’occident. Une croisade destructice, contre nous - puisque toi et moi pouvons être tué, là, maintenant - et aussi contre les populations du monde entier, même leurs propres compatriotes.
Tu ne peux pas faire “confiance” (?!) à ces gens là. Demain, ce sera Paris qui sera frappé. Sans raisons apparentes, c’est le jeu du terrorisme.
Enfin, il en va selon toi de la responsabilité du citoyen-électeur. Certes… Mais quel réel pouvoir a ce dernier quand ses politiques ne l’écoutent pas ? Selon toi, les irakiens auraient donc été responsables des agissements de Saddam Husseien pendant son règne, simplement parce qu’il était leur leader ?
Non, voyons, c’est bien plus compliqué.
La mobilisation contre la guerre en Irak a été forte en Espagne et en Angleterre, les manifestations nombreuses et parfois violentes. Comme aux Etats-Unis d’ailleurs (les manifs de New York en 2003 ont été pratiquement réprimées).
Le terrorisme est la pire chose qui soit car il frappe précisémment des gens innocents, qui tentent de vivre leur vie comme toi. C’est leur seul mérite, peut-être, mais c’est comme ça que le monde fonctionne jusqu’à maintenant.
Et pour finir : il serait grand temps maintenant que la France fasse plus en Irak. On ne peut rester là, à applaudir de loin devant la déconfiture américaine (j’espère que tu n’es pas de ceux là). Les irakiens ont besoin de nous, de l’Europe. Là, maintenant.
Sinon, qui te dit que ces gens ne vont pas venir mettrent des bombes dans le métro parisien parce que, entre 2003 et 2005, nous n’avons pas bougé le petit doigt pour eux, pour de basses raisons politiciennes, alors qu’ils meurent par centaines chaque jour ?
Un peu de bon sens…
22/07/05 à 09:24
En raison de la loi sur le port du voile à l’école et de la présence de 1800 soldats français au sein de l’ISAF en Afghanistan, la France est depuis longtemps une cible potentielle.
22/07/05 à 14:57
“D’un coté, la guerre est officielle, les gens savent que les bombes vont tomber, certes ils ne savent pas où”
La guerre “officielle” que menent les US ne justifie en aucune maniere les morts civils irakiens. Il apparait que la priorite des GI n’etait absolument pas d’assurer la securite des Irakiens, mais de se debarrasser de Saddam et controler les ressources petrolieres du pays, quelqu’en soit le cout pour la population civile irakienne. En cela les militaires US ont deliberement mis en danger les civils irakiens, et sont directement responsable de la mort de pas mal d’entre eux. Point.
“Beaucoup de victimes sont innocentes, mais dans le cas de l’Irak les innocents mourraient aussi avant l’arrivée des GI”
Combien sont morts depuis l’arrivee des GIs? Combien vont en mourrir si jamais nous observons un “pourrissement” de la situation dans les decennies a venir (i.e. Israel / Palestine, Inde / Pakistan..)?
N’y a-t’il pas des regimes encore plus feroces et dangereux que l’Irak de Saddam (i.e. Coree du Nord?) A la lumiere de la situation actuelle, je ne crois pas que pour les civils irakiens l’invasion americaine soit une si bonne operations que ca.
“D’un autre coté les attentats en réponse a ces guerres sont a mon sens horriblement laches, visant uniquement des innocents et frappant aléatoirement.”
Les terroristes sont dans une logique de guerilla (de part la disproportion des moyens militaire en jeu). En cela je ne considere pas que les terroristes font preuve de “lachete”. Refuser de combattre des tanks a main nues n’est pas de la lachete, c’est du bon sens.
Ils ont compris que l’une des clefs de la victoire en Irak est de retourner les opinions publiques occidentales contre leur gouvernement “pro-guerre” (exemple : Espagne). En cela le plus efficace est encore de terroriser ces populations - et mettre des bombes dans des metros et encore ce qu’il y a de plus facile a faire.
Je tiens a preciser que (bien sur) je ne cautionne pas ces actes et je ne crois pas que les anglais ou les americains aient “merite” quoi que ce soit, mais qu’ils s’inscrivent dans une logique qui, selon moi, a du sens militairement parlant.
Les actes des terroristes tels que nous pouvons les observer a Londres ne sont certainement pas le fait d’elements incontroles, mais murement reflechis.
“Est-ce que c’est possible qu’on soit un lâche quand on a choisi les chemins les plus dangereux ? Peut-on juger une vie sur un seul acte ?”
Huis Clos - Jean Paul Sartre
22/07/05 à 15:20
Encore faudrait-il que ce soient de “vrais” combattants dont nous parlions. Ce qui ne semble pas être le cas dans les attentats de Londres : ce sont des personnes qui se sont senties investies d’une mission et sont tombées dans une idéologie qui, je le souligne, n’est pas la leur à la base.
Ces anglais d’origine pakistanaise poseurs de bombes, quel rapport ont-ils avec les victimes civiles irakiennes ??
Aucun.
Si ce n’est que, de l’avis même de leur famille, ils ont certainement eu droit à un lavage de cerveau. Je ne partage pas du tout, une seule seconde, l’opinion consistant à leur trouver des excuses. Je le répète : ces gens-là NOUS frapperons à nouveau où que nous soyons.
Quel mal avaient fait les parisiens dans les années 80 et 90, pour être frappés par ce même genre d’attentats ?
Que la violence appelle la violence, je suis d’accord.
Que le terrorisme soit issu de la guerre en Irak, je ne le suis pas.
Le conflit a juste permis à Ben Laden d’avoir de meilleures opportunités de recrutement, d’embrigadement et de bénéficier, de fait, d’un nouveau mode opérationnel : des bombes posées par des pères de famille et/ou des éducateurs issus de pays occidentaux. Ce qu’on pouvait craindre avant le déclenchement de la guerre et le pourquoi de notre opposition à celle-ci.
Ne perdons pas de vue que ces gens sont des fanatiques prêts à tout que nous devons absolumment arrêter pour le bien de tous.
Ps : les morts civiles depuis le début de la guerre et les morts civiles sous le régime de Hussein, à la moyenne, tournent largement en faveur de ce dernier. Et quand bien même ce serait différent, c’est aux irakiens de dire ce qu’ils en pensent maintenant et pas à nous de décréter ce qui est bon ou pas pour eux (surtout que nous, français, ne faisons rien pour régler la situation).
Ils ont quand même un espoir devant eux : l’instauration de la démocratie. C’est pas rien et c’est bien différent que de vivre sous un régime oppresseur sans aucunes perspectives (et sans vouloir sonner néo-conservateur…).
22/07/05 à 16:57
Jerome,
Merci pour le blog, tres important d’avoir un feed-back “franco-americain” pour moi sur ces sujets (et le blog passe a travers du firewall de ma boite jusqu’a present)
Globalement je suis d’accord sur le fond de ton comment, je ne “cherche absolument pas d’excuse” et je ne pense pas que les parisiens (ni qui que ce soit d’ailleurs) n’aient jamais merite un attentat.
Il y a cependant beaucoup d’elements sur lesquels nous pourrions debattre.
Mais je manque de temps alors je vais en selectionner un : qu’est-ce qu’il vous fait dire que les poseurs de bombes ont subit un “lavage de cerveau”?
Ce pourrait il qu’ils aient fait ce choix en toute conscience de leurs actes?
Je n’ai pas de reponse, mais ce qui est surprenant, c’est que nous nous permettons d’avaler des qualificatifs que nous balancent les medias.. sans pour autant leur accorder toute l’attention qui leur ai due…
Je reconnais que cette eventualite n’est guere rassurante et c’est peut etre la tout le point.
Peut etre que les “bombers” de Londres savaient parfaitement ce qu’ils faisaient. Peut etre qu’ils ont subit un “lavage de cerveau”. Mais rien (a ma connaissance) ne vient etayer cette derniere hypothese.
22/07/05 à 17:51
La guerre c’est le terrorisme des riches
Le terrorisme, c’est la guerre des pauvres.
Une des perversions qui rendent difficile la discussion sur le sujet c’est de nier toute rationalité aux terroristes pour la réserver au camp occidental. Cela ne fait qu’exacerber les peurs car l’irrationnel épouvante. La Raison serait du côté occidental tandis que les terroristes en seraient dépourvu, ce qui d’emblée les relègue au niveau d’une particulière sous-humanité proche de la bestialité incontrôlable. A juste titre me semble-t-il le commentaire de Madisson soulève cette problématique.
Où est la lâcheté qui consiste à se faire sauter avec ses victimes ??? Il ne s’agit pas d’excuser, justifier ou je ne sais accorder quelque approbation au terrorisme - et il est consternant de devoir le souligner - mais tout simplement de mettre l’accent sur un rapport de causalité que 61% des sondés pas le Guardian ont constaté.
Peut-on considérer qu’il est légitime de causer la mort de 25000 personnes pour épargner la vie de 5000 ? A un coût fantastique financier et humain sur 3, 5 ou 10 ans qu’un article du Los Angeles Time d’il y a 2 jours considérait comme insensé ? Qui peut de toute façon sérieusement croire que les Américains sont allés en Irak out of love for the fate of the population ?
On ne peut comparer, Jérôme, les Irakiens qui n’avaient pas de droits “démocratiques” sous Hussein et certainement pas celui de le choisir ou de le rejetter aux Britanniques qui, eux, avaient tout loisir de le faire. Non, évidemment les Irakiens n’étaient pas responsables de leur leader, les Britanniques si. Il y a certainement parmi les victimes des attentats du 7 des gens qui se sont opposés à la guerre, ont voté contre Blair et ont participé aux manifs de l’hiver 2003. Ceux-là sont à mon sens les victimes totalement innocentes de ces horreurs.
La phrase “ils ne l’ont pas volé” était sans doute un peu violente pour les âmes sensibles cependant il ne fallait pas lire “c’est bien fait pour eux, j’en suis bien content”. Traduite en anglais ça doit donner : “they’ve got it coming” qui, peut-être, met plus en relief la dynamique de causalité sur laquelle je voulais insister.
N’est-il pas regrettable que pas une des réactions n’ait vraiment condamné l’agression américano-britannique et les 25.000 morts qui s’en sont suivis à ce jour pour ne se focaliser que sur les 56 morts de Londres ? Serait-ce parce que nous voyons les photos de Londres et jamais celles de Bagdad au lendemain de “shock and awe” ?
Lors des attentats parisiens de 1986 (rue de Rennes)ou des années 90, il était notoire que le GIA Algérien était dérrière, financé par les Saoudiens. Tant les Américains que les Britanniques à l’époque se contrefoutaient totalement de ce qui pouvait advenir aux Français, les Saoudiens étant les meilleurs amis des Américains et les Britanniques se refusant systématiquement à extrader en France les terroristes qui se réfugiaient à Londres. Les évènements du 7 juillet ne sont-ils pas l’aboutissement d’une longue chaîne de causalité qui - effectivement - n’a pas sa source dans l’attaque du 23 mars 2003 en Irak mais dont celle-ci n’a fait qu’accélérer la puissance et la diffusion ? En ce sens la phrase “ils ne l’ont pas volé” voulait rendre saillante une responsabilité particulière qui - hélas - s’est déchaînée contre des particuliers dont certains - je le maintiens - étaient d’accord pour en foutre plein la gu. aux Irakiens sans comprendre la dimension radicalement barbare de la guerre.
22/07/05 à 20:26
Je rajouterai à la liste de Chninkel, sur les comportements divers et variés des Londoniens suites aux attentats, celui de la vengeance via de nombreux actes racistes et même meurtre !
Au lendemain des attentats du 7, un londonien d’origine pakistanaise a été massacré à mort par des ‘blancs’ hurlants “taliban” “taliban”; bizarement la victime n’a pas été comptabilisée parmis les 56, pourtant elle est visiblement morte suite à ces attentats…
‘Etrangement’ la presse anglaise n’a pas non plus l’air de trop s’en préoccuper.
Tant qu’il y aura des hommes, il y aura des guerres. (Albert Einstein)
23/07/05 à 01:06
Non, je ne suis pas d’accord avec cette notion de rationalisation chez ces terroristes. Ce sont des fanatiques rendus aveugles par une interprétation religieuse. On a déjà vu ça dans l’Histoire précédemment et je ne peux l’accepter intellectuellement.
A ce sujet, sur les raisons de ces actes injustifiables, je vous renvoie vers l’article-opinion de Olivier Roy, chercheur français au CNRS et spécialiste de l’Islam, paru dans le NYT d’aujourd’hui. Il exprime parfaitement, avec le background du chercheur, tout le fond de ma pensée, surtout au vu des bombes en Egypte cette nuit.
>> Why Do They Hate Us? Not Because of Iraq.
Je le reproduis ici en intégral (espérant échapper aux poursuites légales…), et je surligne en gras les passages importants.
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WHILE yesterday’s explosions on London’s subway and bus lines were thankfully far less serious than those of two weeks ago, they will lead many to raise a troubling question: has Britain (and Spain as well) been “punished” by Al Qaeda for participating in the American-led military interventions in Iraq and Afghanistan? While this is a reasonable line of thinking, it presupposes the answer to a broader and more pertinent question: Are the roots of Islamic terrorism in the Middle Eastern conflicts?
If the answer is yes, the solution is simple to formulate, although not to achieve: leave Afghanistan and Iraq, solve the Israel-Palestine conflict. But if the answer is no, as I suspect it is, we should look deeper into the radicalization of young, Westernized Muslims.
Conflicts in the Middle East have a tremendous impact on Muslim public opinion worldwide. In justifying its terrorist attacks by referring to Iraq, Al Qaeda is looking for popularity or at least legitimacy among Muslims. But many of the terrorist group’s statements, actions and non-actions indicate that this is largely propaganda, and that Iraq, Afghanistan and Palestine are hardly the motivating factors behind its global jihad.
First, let’s consider the chronology. The Americans went to Iraq and Afghanistan after 9/11, not before. Mohamed Atta and the other pilots were not driven by Iraq or Afghanistan. Were they then driven by the plight of the Palestinians? It seems unlikely. After all, the attack was plotted well before the second intifada began in September 2000, at a time of relative optimism in Israeli-Palestinian negotiations.
Another motivating factor, we are told, was the presence of “infidel” troops in Islam’s holy lands. Yes, Osama Bin Laden was reported to be upset when the Saudi royal family allowed Western troops into the kingdom before the Persian Gulf war. But Mr. bin Laden was by that time a veteran fighter committed to global jihad.
He and the other members of the first generation of Al Qaeda left the Middle East to fight the Soviet Union in Afghanistan in the 1980’s. Except for the smallish Egyptian faction led by Ayman al-Zawahiri, now Mr. bin Laden’s chief deputy, these militants were not involved in Middle Eastern politics. Abdullah Azzam, Mr. bin Laden’s mentor, gave up supporting the Palestinian Liberation Organization long before his death in 1989 because he felt that to fight for a localized political cause was to forsake the real jihad, which he felt should be international and religious in character.
From the beginning, Al Qaeda’s fighters were global jihadists, and their favored battlegrounds have been outside the Middle East: Afghanistan, Bosnia, Chechnya and Kashmir. For them, every conflict is simply a part of the Western encroachment on the Muslim ummah, the worldwide community of believers.
Second, if the conflicts in Afghanistan, Iraq and Palestine are at the core of the radicalization, why are there virtually no Afghans, Iraqis or Palestinians among the terrorists? Rather, the bombers are mostly from the Arabian Peninsula, North Africa, Egypt and Pakistan - or they are Western-born converts to Islam. Why would a Pakistani or a Spaniard be more angry than an Afghan about American troops in Afghanistan? It is precisely because they do not care about Afghanistan as such, but see the United States involvement there as part of a global phenomenon of cultural domination.
What was true for the first generation of Al Qaeda is also relevant for the present generation: even if these young men are from Middle Eastern or South Asian families, they are for the most part Westernized Muslims living or even born in Europe who turn to radical Islam. Moreover, converts are to be found in almost every Qaeda cell: they did not turn fundamentalist because of Iraq, but because they felt excluded from Western society (this is especially true of the many converts from the Caribbean islands, both in Britain and France). “Born again” or converts, they are rebels looking for a cause. They find it in the dream of a virtual, universal ummah, the same way the ultraleftists of the 1970’s (the Baader-Meinhof Gang, the Italian Red Brigades) cast their terrorist actions in the name of the “world proletariat” and “Revolution” without really caring about what would happen after.
It is also interesting to note that none of the Islamic terrorists captured so far had been active in any legitimate antiwar movements or even in organized political support for the people they claim to be fighting for. They don’t distribute leaflets or collect money for hospitals and schools. They do not have a rational strategy to push for the interests of the Iraqi or Palestinian people.
Even their calls for the withdrawal of the European troops from Iraq ring false. After all, the Spanish police have foiled terrorist attempts in Madrid even since the government withdrew its forces. Western-based radicals strike where they are living, not where they are instructed to or where it will have the greatest political effect on behalf of their nominal causes.
The Western-based Islamic terrorists are not the militant vanguard of the Muslim community; they are a lost generation, unmoored from traditional societies and cultures, frustrated by a Western society that does not meet their expectations. And their vision of a global ummah is both a mirror of and a form of revenge against the globalization that has made them what they are.
Olivier Roy, a professor at the School for Advanced Studies in the Social Sciences, is the author of “Globalized Islam.”
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Voilà.
Et en faisant quelques recherche sur ce chercheur, je suis tombé sur une interview disponible en vidéo sur le web (et Mr Roy a à peu près le même accent anglais à couper au couteau que moi !) :
>> The Political imagination of Islam.
25/07/05 à 09:37
[…] 2 juillet dernier. >> Why They Hate Us… Not Because of Irak. J’en ai parlé en commentaire d’un billet précédent sur les attentats de Londres (enc […]