Lettre ouverte au président
par Jerome ITU ~ 05/09/2005, 10:48 . Classé dans : Politique US .Le journal Times-Picayune de la Nouvelle Orleans a publié une lettre ouverte au président Bush dans son édition de dimanche, critiquant la réponse du gouvernement à l’ouragan Katrina et appelant au licenciement de tous les officiels de la FEMA.
>> Editorial blasts federal response (CNN)
Une lettre poignante, qui pointe les défaillances, qui demande des explications et qui préfigure, peut-être, de ce que les commissions d’enquête vont devoir creuser pour déterminer les responsabilités à tous les niveaux.
Traduction :
“Une lettre ouverte à M. le Président.
Cher Président : Nous vous avons entendu vendredi, clair et fort, quand vous avez visité notre ville dévastée et la côte du Golfe et avez dit, “ce qui ne fonctionne pas, nous allons le faire fonctionner comme il se doit.”
Veuillez nous pardonner si nous attendons pour voir la preuve de votre promesse avant de vous croire. Mais nous avons de bonnes raisons pour notre scepticisme.
Bienville a fondé la Nouvelle-Orléans là où il l’a construite, pour une raison principale: c’est accessible. La ville, entre le fleuve Mississippi et le lac Pontchartrain, était facile d’accès en 1718.
Combien est-elle plus facile d’accès en 2005, maintenant qu’il y a des autoroutes et des ponts, des aéroports et des héliports, des bateaux de croisière, des chalands, des autobus et des camions à moteur diesel.
En dépit des multiples points d’entrée de la ville, les bureaucrates de notre nation ont passé des jours, après l’ouragan de la semaine dernière, en agitant leurs mains, déplorant le fait qu’ils ne pourraient ni sauver les victimes échouées de la ville, ni leur apporter de la nourriture, de l’eau et des médicaments.
En attendant, il y avait des journalistes, y compris certains qui travaillent pour le Temps-Picayune, allant et venant dans la ville par l’intermédiaire de la connection de Crescent City. Jeudi matin, cette équipe a vu une une caravane de 13 tracteurs de Wal-Mart se dirigeant vers la ville pour apporter de la nourriture, de l’eau et des fournitures, à une cité mourante.
Les journalistes de télévision faisaient des reportages en direct depuis les rues du centre de la Nouvelle-Orléans. Harry Connick Jr. a apporté de l’aide jeudi, et ses efforts étaient le sujet de l’émission”Today”du vendredi matin.
Cependant, les gens exercés à protéger notre nation, les gens dont le travail doit être d’apporter rapidement de l’aide, étaient absents. Ceux qui devaient être en train de déployer des troupes chantaient une triste chanson au sujet de la façon dont notre ville était impossible à atteindre.
Nous sommes fâchés, M. Président, et nous serons fâchés longtemps après que notre ville bien-aimée et les paroisses environnantes aient été asséchées. Nos gens méritaient d’être sauvés. Beaucoup qui auraient pu l’être, ne l’ont pas été. C’est la honte du gouvernement.
Le maire, Ray Nagin, a pris la bonne décision dimanche, quand il a permis à ceux, sans autre alternative, de se mettre à l’abri de l’orage à l’intérieur du Superdome. Nous ne savons toujours pas quel est le décompte des morts, mais une chose est certaine: si le Superdome n’avait pas été ouvert, ce décompte aurait été plus élevé. Le décompte aurait même été exponentiellement plus élevé.
Il était clair, pour nous, dès mardi matin que beaucoup de gens à l’intérieur du Superdome ne retourneraient pas chez eux. Cela aurait du être clair à notre gouvernement, M. le Président. Ainsi pourquoi n’ont-ils pas été évacués hors de la ville immédiatement? Nous avons appris, il y a sept ans, quand l’ouragan Georges a menacé, que le dôme n’est pas approprié comme abri de long terme. Alors qu’est-ce que les officiels de l’état et du gouvernement pensaient qu’il arriverait aux dizaines de milliers de personnes emprisonnées à l’intérieur, sans climatisation, avec des toilettes qui débordaient et des quantités de nourriture, d’eau et d’autres choses essentielles en diminution?
Le Représentant de l’état, Karen Charretier, avait raison vendredi quand elle a dit que la ville n’avaient que deux besoins pressants: “Des autobus! Et de l’essence!” Chaque fonctionnaire à l’Agence Fédérale de Gestion des Secours (FEMA) devrait être licencié, le directeur Michael Brown tout particulièrement.
Dans une interview nationalement télévisée, jeudi soir, il a dit que son agence n’avait pas su, jusqu’à ce jour, que des milliers de victimes de l’orage étaient échouées au Centre de Convention Ernest N. Morial. Il a donné une autre enterview nationalement télévisée, le matin suivant, et a dit : “nous avons fourni de la nourriture aux gens dans le Centre de Convention, de sorte qu’ils aient au moins un, si non deux repas, chaque jour.”
Les mensonges ne peuvent pas être pires que ça, M. le Président.
Cependant, quand vous avez rencontré M. Brown vendredi matin, vous lui avez dit : “vous faites un travail fantastique.”
C’est incroyable.
Il y avait des milliers de personnes au Centre de Convention, parce que le front de rivière est surélevé. Le fait que tant de personnes aient réussi à pied est la preuve que les véhicules des sauveteurs auraient pu y arriver aussi.
Nous, qui sommes de la Nouvelle-Orléans, ne sommes pas moins américains que ceux qui vivent sur les grandes plaines ou le long du littoral atlantique. Nous ne sommes pas moins importants que ceux du nord-ouest ou de l’Appalachia Pacifique. Nos gens méritaient d’être sauvés.
Aucune dépense n’aurait du être épargnée. Aucune excuse n’aurait du être exprimée. Particulièrement une aussi absurde que la Nouvelle-Orléans ne pouvait pas être atteinte.
M. le Président, nous espérons sincèrement que vous accomplirez votre promesse de faire fonctionner notre communauté adorée à nouveau.
Quand vous l’aurez fait, nous serons les premiers à applaudir.”
Voilà.
Des plaintes qui émanent du terrain. Et qui se ressemblent toutes. TOUTES.
Alors quand je lis sur les blogs, ici et là, que les journaux français ont la critique facile ou que le débat politique est stérile, je dis non. Ecoutez-les, ces américains de là-bas.
Et vous verrez. Vous saurez.
Un gouvernement a failli.
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Mise à jour 1 :
Et pour faire un tour à droite, mêmes les conservateurs américains sont (très) critiques, évidemment. Ce n’est pas juste l’apanage de la gauche.
Ainsi Michelle Makin elle-même, pourtant ultra-conservatrice, appelle aussi au renvoi du chef de la FEMA :
>> MEMO TO BUSH: FIRE MICHAEL BROWN
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Mise à jour 2 :
Andrew Sullivan, conservateur modéré, fait le même appel, dénonce la stratégie de l’équipe Bush de renvoyer la faute sur les autorités locales et s’interroge sur ce qu’est le conservatisme défendu par ce président :
>> BLAMING THE LOCALS
>> FIRE MICHAEL BROWN
>> NO, KEVIN
>> QUOTE OF THE DAY II
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05/09/05 à 11:48
Tant qu’on y est, lettres ouvertes à Bush plutôt(très) satirique signée M.Moore.
http://minilien.com/?E4lBI53Qd4
06/09/05 à 08:22
Regrettant certaines pensées que j’avais pu avoir lors du 11 septembre, j’ai préféré laisser passer quelques jours pour me faire ma propre opinion.
Bien évidemment, une catastrophe naturelle, fût-elle de cette ampleur ne contient pas les mêmes implications qu’un attentat terroriste issu des passions humaines.
Mais le flot (pardonnez-moi du terme) médiatique a ceci de gênant qu’il met en scène l’information de façon redondante et qu’il faut être bien distant pour ne pas voir sa propre pensée envahie des discours sans cesse répétés.
Aujourd’hui, je ressens toujours une forte compassion pour les gens qui souffrent dans ce territoire dévasté et je m’interroge sur le sens à donner à tout cela.
Il est difficile, même pour une civilisation aussi croyante, de voir dans ces cas de force majeure un “act of god”, au sens littéral. Et de fait, la quête du sens se transforme rapidement en quête d’un responsable.
L’administration fait alors une cible de choix seule hyperstructure, au-delà de l’échelle humaine, qui puisse prétendre endosser une responsabilité si immense.
Certes, des carences techniques et fonctionnelles (et non politique, ne mélangeons pas tout) ont pu être relevées. Les digues insuffisantes, le problème de l’allocation des crédits, la difficile et tardive décision d’évacuation, sans pouvoir préjuger de son efficacité, faute de moyen, pius enfin les délais de mise en place de secours débordés (encore une fois, pardon du terme) : autant de dysfonctionnements qui ont probablement aggravé la catastrophe.
Mais au-delà de la catastrophe, le plus grand doute qui me vient vise la représentation que nous avons de la société américaine.
Le plus choquant pour moi : la réaction de la personne braquée par un policier épaulant son fusil à pompe à 5m de lui. Une réaction banale, laisser tomber ce que j’ai ramassé. Pas de fuite, pas de peur. Comme si le fait de se faire mettre en joue par un inconnu portant un uniforme faisait partie du quotidien.
Une telle situation en France est inconcevable. Ce rapport aux armes n’existe pas. D’où mon ébahissement face à ces images.
Bien sûr, j’avais vu les images du Tsunami en Asie du Sud-Est. Ce que je découvre aujourd’hui, c’est que les Etats-Unis, l’hyperpuissance américaine, héberge son propre tiers-monde. On peut le lire dans les statistiques de l’OCDE, mais c’est une autre chose que de constater de visu le lien social se déliter au point que les secours sont la cible de tireurs ou qu’en quelque jour, l’ordre et le respect d’autrui se désagrègent au point que les communautés environnantes voient leurs ventes d’armes augmenter… Par peur de l’américain. Par peur du voisin. De l’autre. De celui qui possède moins que soi.
Si une société ne propose d’autre alternative que de donner sur internet tout en s’armant contre le réfugié, quel modèle exporte-t-elle ?
L’acte de charité, de générosité, est dématérialisé. L’acte d’achat d’une arme potentialise une violence bien réelle, et pas seulement symbolique. La force des médias modernes, des hypermédias pourrait-on dire, est de nous forcer à juxtaposer toutes ces contradictions. Et la quête du sens n’en est pas rendue plus aisée…
La métaphore du sport, qui sous-tend fortement le rêve américain, dépassement de soi et résistance à l’adversité, se trouve bien mise à mal lorsque l’on voit la fragilité de nos communautés.
Je crains la pauvreté de l’autre. Elle témoigne de ma propre fragilité face à l’existence. Et je m’arme contre elle. Je m’arme contre ce que l’on pourrait vouloir m’ôter.
Inutile de chercher ce que cette adversité pourrait révéler en moi. En quoi ce nécessaire dépassement pourrait me faire grandir.
L’avoir est plus important que l’être.
Et confortablement installé devant mon clavier, le témoin que je suis se dit qu’il va cliquer sur quelques liens pour acheter sa bonne conscience.
Tandis, que, au coeur du drame, je suis sûr que de nombreuses personnes, anonymes, ont accompli des gestes d’humanité, des gestes d’être humain, et pas d’avoir humain.
Ces personnes n’ont pas encore été filmées. Je suis sûr qu’elles existent. Il le faut. Vivement qu’un réseau trouve un héros pour me rassurer sur l’état des valeurs de la culture dominante du monde…