Obama08

Singapour et Katrina

par Jerome ITU ~ 15/09/2005, 09:59 . Classé dans : Politique US .

Thomas L. Friedman, célèbre chroniqueur du New York Times, livre ses observations sur l’ouragan Katrina et la gestion de l’événement par son pays, depuis Singapour.

Un regard acéré et sans concessions. Une Amérique qui ne comprend pas où est passé son gouvernement, pourtant tellement indispensable à la bonne marche de la société. C’est le moins qu’on puisse dire. Colonne du New York Times, en date du mercredi 14 septembre :
>> Singapore and Katrina

Last year, we cut the National Science Foundation budget, while indulging absurd creationist theories in our schools and passing pork-laden energy and transportation bills in the middle of an energy crisis.

We let the families of the victims of 9/11 redesign our intelligence organizations, and our president and Congress held a midnight session about the health care of one woman, Terri Schiavo, while ignoring the health crisis of 40 million uninsured. Our economy seems to be fueled lately by either suing each other or selling each other houses. Our government launched a war in Iraq without any real plan for the morning after, and it cut taxes in the middle of that war, ensuring that future generations would get the bill.

Speaking of Katrina, Sumiko Tan, a columnist for the Sunday edition of The Straits Times in Singapore, wrote: “We were shocked at what we saw. Death and destruction from natural disaster is par for the course. But the pictures of dead people left uncollected on the streets, armed looters ransacking shops, survivors desperate to be rescued, racial divisions – these were truly out of sync with what we’d imagined the land of the free to be, even if we had encountered homelessness and violence on visits there. … If America becomes so unglued when bad things happen in its own backyard, how can it fulfill its role as leader of the world?”

(L’année dernière, nous avons coupé le budget de la Fondation Nationale de la Science, tout en acceptant les théories absurdes des creationnistes dans nos écoles et en passant des financements pour l’énergie et le transport chargés d’inutiles projets, au milieu d’une crise énergétique.

Nous avons laissé les familles des victimes du 9/11 redessiner nos organisations de renseignements, notre président et notre Congrès ont tenu une session de minuit au sujet de la santé d’une femme, Terri Schiavo, tout en ignorant la crise de santé de 40 millions de personnes non-assurées. Notre économie semble être conduite dernièrement par porter plainte les uns contre les autres ou par se vendre des maisons. Notre gouvernement a lancé une guerre en Irak sans aucun réel plan pour le matin suivant, et il a coupé les impôts au milieu de cette guerre, s’assurant que les futures générations obtiendront la facture.

Parlant de Katrina, Sumiko Tan, un chroniqueur pour l’édition de dimanche du “The Straits Times” à Singapour, a écrit : “nous avons été choqués de ce que nous avons vu. Mort et la destruction par un désastre naturel sont en route. Mais les images des personnes mortes laissées non-collectées dans les rues, des pilleurs armés dévalisant les magasins, des survivants désespérés d’être sauvés, des divisions raciales – cela est réellement étaient vraiment hors de synchronisation avec ce que nous aurions imaginé être la “terre libre”, même si nous avions déjà rencontré des sans-abris et de la violence lors de visites là-bas… Si l’Amérique devient ainsi immobilisée quand de mauvaises choses se produisent dans sa propre arrière-cour, comment peut-elle accomplir son rôle comme leader du monde?”)

Parfois la réalité s’apprécit mieux de l’étranger.
Thomas Friedman finit sa colonne avec un autre éditorialiste de Singapour, qui insiste sur la déliquescence de l’actuel gouvernement américain, à la nouvelle sauce conservatrice :

Janadas Devan, a Straits Times columnist, tried to explain to his Asian readers how the U.S. is changing. “Today’s conservatives,” he wrote, “differ in one crucial aspect from yesterday’s conservatives: the latter believed in small government, but believed, too, that a country ought to pay for all the government that it needed.

“The former believe in no government, and therefore conclude that there is no need for a country to pay for even the government that it does have. … [But] it is not only government that doesn’t show up when government is starved of resources and leached of all its meaning. Community doesn’t show up either, sacrifice doesn’t show up, pulling together doesn’t show up, ‘we’re all in this together’ doesn’t show up.”

(Janadas Devan, chroniqueur pour le Straits Times, essaie d’expliquer à ses lecteurs asiatiques comment les Etats-Unis sont en train de changer. “Les conservateurs d’aujourd’hui,” il a écrit, “diffèrent dans un aspect crucial des conservateurs d’hier: les précédents croyaient en un gouvernement de petite taille, mais pensaient aussi, qu’un pays doit payer pour le gouvernement dont il a besoin.

“les actuels (conservateurs – ndlr) croient en aucun gouvernement, et concluent donc qu’il n’y a aucun besoin pour un pays de payer, même pour le gouvernement qu’il a… [ mais ] c’est non seulement un gouvernement qui ne se montre pas quand le gouvernement est affamé de ressources et est privé de toute sa signification. La Communauté ne se montre pas non plus, le sacrifice ne se montre pas, le rassemblement ne se montre pas, ‘nous sont sommes là-dedans tous ensemble’ ne se montre pas.”)

La vérité vient parfois d’ailleurs.
Est-ce qu’une réflxion va s’entamer dans les milieux conservateurs sur la vrai du gouvernement dans le pays, sur le besoin de lui donner de réels moyens de fonctionner ?
Affaire à suivre, assurément…

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9 Réponses sur Singapour et Katrina

  1. Flocon

    Ce serait bien dommage en effet de n’avoir plus accès aux chroniqueurs du NYTimes à l’oeil. Peut-être pourra-t-on les retrouver dans l’International Herald Tribune

    http://www.iht.com
    qui en publient certains le jour même ou le lendemain.
    On passe toujours Bob Herbert sous silence et c’est très dommage. De même Franck Rich (je crois) le dimanche, très éclairant sans oublier Maureen Dowd, scathing! Quant à Friedmann, c’est vraiment à mes yeux le gars qui n’a pas sa place dans ce quatuor. Il s’est évidemment fait remarquer à l’attention des lecteurs français par son positionnement antifrançais il y a deux ans. Ce n’était pas du french bashing au sens habituel mais ses réflexions et “explications” de la décision française de ne pas suivre les US en Irak étaient consternantes d’idées reçues, de quasi niaiseries faisant feu de tous bois et récupérant les images toutes faites sur la France et les Français. Genre je regarde vite fait dans un dico un quelconque point historique ou de société français et je m’en sers pour étayer mon topo. Ca donne: Les Français rêvent de grandeur perdue, (Napoléon, Louis XIV etc.) ils veulent prendre la place des US sur la scène mondiale, ils sont jaloux! bla bla bla.
    Ce n’est pas Friedmann qui me manquera le plus.

  2. lwp

    Somehow, I doubt the NYT columnists will be available for free at IHT, as they are publications of the same parent company.

    Friedmann is on the right of the NYT opinion page (ultra-liberal economics; strong support for the war in Iraq which he has never disavowed, although he criticizes the administrations (mis-)management of the war), but I always enjoy reading him. Much like reading flocon–I may not always agree, but the arguments are usually well-considered and challenging, not pre-packaged cliche. Tierney is the only columnist I would not miss.

    But, as my wife is addicted to Frank Rich & co. as to heroin, I will likely not miss any of the NYT columnists… private discussion to follow :)

  3. Jerome

    Flocon,
    C’est bien pour ça qu’il est intéressant de lire Friedman quand celui-ci est critique de son gouvernement, voire du mouvement conservateur en général comme dans cette colonne. Priceless. Et significatif (encore…) du choc Katrina aux US.

    Lwp,
    J’ai souvent trouvé sur IHT des articles du NYT totalement gratuits, alors qu’ils étaient passés en mode archive et donc payant sur le site web du NYT.
    L’information du passage au payant reste à confirmer, cependant.

  4. Flocon

    Le fait est que Friedmann peut se montrer critique non seulement vis-à-vis de cette administration mais aussi du pays lui-même comme en atteste l’article que Jérôme nous a traduit. Ses critiques sont effectivement d’autant plus intéressantes qu’elles sont fondées sur des comparaisons avec l’étranger ce qui n’est pas si fréquent chez les journalistes américains.
    Quand je faisais mention des a priori et à peu près de Friedmann j’avais à l’esprit son papier d’octobre 03 je crois où il assénait que la France était devenu l’ennemie des Etats-Unis. Il est des “erreurs” dans le parcours des uns et des autres qui sont comme une marque définitive de ce dont ils sont capables. A quoi seront à jamais associés les noms de Colin Powell aux yeux du monde entier? de De Villepin ?
    Personne n’est à l’abri j’imagine et donc tout s’annule peut-être, mais il en est qui ont des responsabilités autrement importantes que d’autres avec des conséquences sans commune mesure. Friedmann s’est largement discrédité à mes yeux non seulement pour ses écrits d’il y a 2 ans sur la position française mais aussi sur l’insistance qu’il met à pontifier en bon ultralibéral comme le rappelle lwp (hello) sur les échecs répétés de l’économie française, de la “vieille Europe” which is going down the drain, vive la Pologne et les gentils petits pays de l’est qui, eux, sont pleins de gratitude pour tout ce que n’ont pas fait les US pour eux etc.
    Bon, je le lis tout de même et d’ailleurs j’avais écrit //ce n’est pas celui que je regretterai le plus// Donc, je le regretterai tout de même un peu…

  5. Flocon

    Puisqu’il est globalement question des chroniqueurs américains, il y avait il y a à peine 10 jours un article dans le Washington Post d’un ex conseiller de Clinton pour les affaires étrangères (dont je ne me souviens plus du nom) où il était écrit entre autres que ce qui expliquait les difficultés entre Européens et Américains à propos de la Chine c’était, you name it… la jalousie de 140 millions d’entre eux (comprendre les Allemands et les Français) vis à vis des US.
    Ce genre de sortie – je n’appelle pas ça un argument – me paraît être d’une insondable vacuité digne d’un bûcheron du Montana ou d’un adolescent du Kentucky. Et si VRAIMENT il y a à ce niveau des différentes administrations américaines des individus pour véritablement croire en la réalité de pareilles inepties c’est tout de même inquiétant. Et aide aussi à comprendre pourquoi l’Amérique a du mal avec l’étranger en géénéral…

    Now, I’m walking on thin ice knowing that lwp is on the watch…

  6. Bob

    J’avoue aussi que je suis surpris de voir Friedman dans ce genre d’exercice tant je trouve ces écrits vide d’un point de vue journalistique !
    Ce que je me pose plus comme question c’est le choix de Singapour comme point de vue extérieur ? Et d’articles plus proche d’un point de vue personnel (surtout Sumiko Tan) que d’une réelle analyse.

  7. Letchi

    Ah oui, ca c’est sur…ils sont vachement bien organises a Singapour. Faut bien que ca ait certains avantages les Etats autoritaires a parti unique. La-bas on aurait eu un vrai ordre d’evacuer, avec emprisonnement et execution a la cle en cas de non obtemperation. Et puis ils auraient certainement pense a prevoir les bus aussi, parce que plus de 80% de la population n’a pas de voiture vu les taxes d’enregistrement des vehicules.
    Enfin, l’article de Friedman prouve que certains Americains voyagent, constatent que ca fonctionne differemment ailleurs, et que certaines choses fonctionnent meme mieux ailleurs que chez eux. C’est deja ca.

  8. Jerome

    Les chroniques du NYT sont payantes, désormais.
    Voir la mise à jour dans le corps du billet.

  9. Flocon

    Et pour confirmer la précision donnée pas lwp (n°2), les chroniques reprises dans le Herald Tribune ne sont également plus accessibles que sur souscription :-(

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