Ma cabane au Canada
par Jerome ITU ~ 27/10/2005, 00:57 . Classé dans : Politique US .Selon le New York Times, la visite de Condi Rice au Canada ce début de semaine, s’est déroulée sur fond de lourdes tensions entre les deux pays.
Finalement, ça permet de relativiser : il n’y a pas que nous, français, qui en avons parfois après les manières de l’administration Bush. Loin de là. Nos amis canadiens sont très remontés et, comme à leur habitude, ne mâchent pas leur mot face aux attitudes américaines, jugées cavalières car non-respectueuses des accords signés et en vigueur entre les deux voisins.
Encore une incroyable démonstration de la difficulté à jouer dans les règles élémentaires de la diplomatie, pour Bush et sa garde rapprochée, sur la scène internationale.
>> Canada’s Smiles for Camera Mask Chill in Ties With U.S.
OTTAWA, Oct. 24 – Secretary of State Condoleezza Rice arrived here on Monday evening for meetings with Prime Minister Paul Martin, who has been inveighing against the United States in recent days, saying it is making a “mockery” of trade rules, angering and humiliating Canada.
Perceived slights and misunderstandings are normal features of the United States’ relationship with Canada. But Canadians and outside experts say Ottawa’s view of Washington now is as strained and combative as anyone can remember.
OTTAWA, oct. 24 – le Secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, est arrivée lundi en soirée pour des réunions avec le premier ministre Paul Martin, qui a fulminé contre les Etats-Unis les jours précédents, disant qu’ils faisaient une moquerie des règles commerciales, irritant et humiliant le Canada.
Les accrocs et les malentendus perçus sont des paramètres normaux des relations entre les Etats-Unis et le Canada. Mais des canadiens et des experts extérieurs disent que la vision qu’a Ottawa de Washington est maintenant aussi tendue et combative qu’il est possible de se le rappeler.
Le reproche majeur des canadiens portent sur leurs exportations de bois de charpente. Celles-ci ont été taxées par les Etats-Unis de plus de 4 milliards de dollars sur les dernières années au prétexte de financement du gouvernement canadien vers ses producteurs nationaux. Le Canada a porté l’affaire devant le NAFTA (North American Free Trade Agreement) et a obtenu gain de cause en août, jusqu’à ce que les Etats-Unis portent l’affaire devant l’OMC qui a jugé en leur faveur. Mais le Canada maintient que l’OMC n’est pas le bon “forum légal” pour juger des faits.
“Instead of honoring” the final Nafta ruling in August, “the United States has decided to ignore it,” Mr. Martin said in an unusually tough, uncompromising speech to the Economic Club of New York on Oct. 6. “The duties must be refunded.” Washington’s behavior, he added, is “nonsense, a breach of faith.” The Canadians “are upset for good reason,” said Phillip L. Swagel, who was chief of staff for the White House Council of Economic Advisers until earlier this year. “They signed a treaty with us, and we are not abiding by it. That $4 billion should never have been collected in the first place.”
“Au lieu d’honorer” l’accord final du Nafta du mois d’août, “les Etats-Unis ont décidé de l’ignorer,” a dit Mr Martin dans un discours exceptionnellement dur et intransigeant, au Club Economique de New York, le 6 octobre. “Les amendes doivent être remboursés.” Le comportement de Washington, a-t-il ajouté, est “un non-sens, une infraction de la foi.” Les canadiens “sont énervés pour une bonne raison,” a dit Phillip L. Swagel, qui était chef de personnel pour le Council des conseillers économiques de la Maison Blanche jusqu’au début de cette année. “Ils ont signé un traité avec nous, et nous ne le respectons pas. Ces $4 milliards devraient n’avoir jamais été collectés en premier lieu.”
Les canadiens menacent alors de plus s’ouvrir au commerce avec la Chine au détriment des Etats-Unis, Condi Rice, elle, veut continuer à négocier sur le sujet et joue la carte de l’apaisement. Mais les canadiens ne l’entendent pas de cette oreille et ne sont pas dupes :
Behind all of this, however, officials acknowledge that the American decision to ignore Canada’s legal victories plays directly into the Canadian conviction that the United States simply does not care what Canada thinks. Canadians could not help but notice that Ms. Rice’s first trip to Canada came more than eight months after she took office and after she had visited 42 other nations.
Derrière tout ça, cependant, les officiels reconnaissent que la décision américaine d’ignorer les victoires légales du Canada joue directement dans la conviction canadienne que les Etats-Unis ne se préoccupent tout simplement pas de ce que pense le Canada. Les canadiens ne peuvent s’empêcher de noter que la première visite de Mme Rice au Canada est venue plus de huit mois après sa prise de fonction et après qu’elle ait visité 42 autres nations.
Le tout, tel qu’écrit par le New York Times.
Quelles règles et quelles conventions internationales cette administration est-elle prête à respecter ? Aucune ?
Tssss.
…







27/10/05 à 02:12
La semaine dernière notre Premier Ministre (PAul Martin) a refuser de retourner l’appel de W. Bush qui voulait négocier une entente sur le bois d’oeuvre.
Le dernière étape qu’ils nous restent: poursuite devant les tribunaux américains et tout indique que ça pourrait se rendre en cours suprême.
On paye en ce moment le prix politique pour avoir dit non à la guerre en Irak et non au bouclier anti-missile.
On est loin de Jean Chrétien et Bill Clinton qui jouaient au golf ensemble…
27/10/05 à 12:15
Le Canada pourrait menacer de quitter l’ALENA, juste pour voir…
Il est clair que Mme Rice a fait preuve de bien peu de diplomatie. C’est dommage, c’est son travail.
A noter, le premier ministre québécois a fait une tournée en Chine pour essayer de doper les exportations de la Belle Province dans cette région du monde. Le Québec tente aussi de se vendre plus aux Européens.
A noter aussi: la valeur du dollar canadien a beaucoup augmenté cette année face au dollar des Etats-Unis, mais le taux de croissance de 2006 devrait rester élevé malgré tout.
27/10/05 à 15:26
Cela n’a pas de rapport direct, mais les articles sur les relations France-USA sont vieux, donc si l’éditeur me permet :
L’article de Daniel Serre, « Sur RTL, “On refait le monde” contre les grèves », Acrimed, 27 octobre 2005, http://www.acrimed.org/article2180.html , mentionne Ted Stanger, que les lecteurs de ce site web connaissent probablement.
27/10/05 à 16:42
Le problème de notre position: les USA achètent plus de nous que le Canada achète des USA.
De ce fait, appliquer des mesures coercitives est très difficile. Nous avons plus à perdre qu’eux…
Il faut aussi réaliser que cette décision concerne peu le président. Cette décision se prend au congrès et pour gagner une bataille au congrès il faut un puissant lobby.
27/10/05 à 16:45
David et les autres canadiens, quels sont les rapports au niveau des citoyens canadiens lambda ?
Comment sont perçus les Etats-Unis ?
27/10/05 à 19:08
Au niveau du Québec, c’est clair qu’il n’y a pas une journée ou on râle pas sur les Américains. Le conflit du bois d’oeuvre mais aussi celui des missiles l’an dernier, de l’eau, sans compter celui des passeports (puisque les USA veulent remettre le contrôle du passeport obligatoire à la frontière pour les Canadiens).
Bon moi qui fréquente les bons milieux Québécois pure souche, j’en connais qui m’ont juré qu’ils ne mettraient jamais les pieds dans ce pays pourri (je rappelle que Montréal c’est à 80 km à peine de l’Etat de NY). bref du point de vue anti-américanisme, j’ai pas senti de différence entre la France et le Canada, sauf qu’ici j’ai même l’impression qu’on en parle plus parce que c’est le principal partenaire commercial. Rappelons à ce sujet que le principal partenaire commercial de la France, c’est l’Allemagne avec qui nos relations sont plus qu’excellente.
Bon à titre perso, ayant été repoussé à la frontière, je connais des USA que les douaniers, leur système de prise d’empreinte et leurs caméra logitech (tiens il se fournissent en suisse pour leur matos d’état ?)
31/10/05 à 14:58
Dans le domaine de la “sympathie internationale” le Canada jouit d’une image exceptionnellement bonne. On ne lui connaît aucune inimitié, au contraire des USA qui doivent être, par les temps qui courent, le pays qui attire à soi le plus de détestation au monde (et ce résultat, ils l’ont obtenu seuls Monsieur, seuls!). La proximité immédiate d’avec les US joue en sa faveur par effet de contraste. Par ailleurs le Québec doit représenter de par sa spécificité francophone une touche d’européanité qui ajoute à la perception “civilisée” que le monde se fait du Canada.
Il me semble tout de même que les relations entre francophones et anglophones ne sont pas toujours radieuses mais “cela ne nous regarde pas…”
Pour ce qui concerne les relations Canada/US, les récents sondages PEW et autres montrent bien que nos amis canadiens n’ont pas une tendresse particulièrement marquée pour leurs voisins du sud.
David Gagnon (n°1) semble avoir bien résumé le rapport des US au Canada: les premiers font payer aux seconds le prix de leur position anti guerre d’Irak. Le premier ministre canadien s’était insurgé il y a 2 ans contre la volonté américaine d’exclure des contrats de reconstruction en Irak les pays opposants, la France et aussi le Canada.
Il n’y a pas à s’y tromper. Jamais. Le seul, unique et décisif moteur de la société américaine c’est l’argent, le veau d’or. Que cela aille à l’encontre de ses intérêts nationaux, de la paix mondiale, de l’entente entre les peuples, rien à secouer le pays USA. Fût-ce envers leurs plus proches voisins (Canada, Mexique) leurs plus anciens alliés (France). Comme disait Lénine: “ils nous vendraient la corde pour les pendre”.
Vive le Québec libre!