Obama08

Plamegate Revelations

par Jerome ITU ~ 06/04/2006, 23:49 . Classé dans : Politique US .

Il semble qu’on soit au bout de cette ténébreuse affaire de la fuite du nom de l’agent secret Valérie Plame.

Le président Bush est bel et bien impliqué :

A former White House aide under indictment for obstructing a leak probe, I. Lewis Libby, testified to a grand jury that he gave information from a closely-guarded “National Intelligence Estimate” on Iraq to a New York Times reporter in 2003 with the specific permission of President Bush, according to a new court filing from the special prosecutor in the case.

The court papers from the prosecutor, Patrick Fitzgerald, do not suggest that Mr. Bush violated any law or rule. However, the new disclosure could be awkward for the president because it places him, for the first time, directly in a chain of events that led to a meeting where prosecutors contend the identity of a CIA employee, Valerie Plame, was provided to a reporter.

Un ancien collaborateur de la Maison Blanche sous acte d’accusation pour avoir fait obstruction à une enquête sur la fuite, I. Lewis Libby, a témoigné face au Grand Jury qu’il a fourni des informations d’un dossier ultra-confidentiel, le “National Intelligence Estimate” sur l’Irak (qui contient les éléments rassemblés pour démontrer l’existence des programmes d’armement de Saddam Hussein- ndlr), en 2003, à un journaliste du New York Times, avec la permission spécifique du Président Bush, selon un nouveau rapport de la cour du procureur spécial en charge du dossier.

Les papiers de la cour du procureur, Patrick Fitzgerald, ne suggèrent pas que M. Bush ait violé quelque loi ou règle que ce soit. Cependant, la nouvelle révélation pourrait être difficile pour le président parce qu’elle le place, lui, pour la première fois, directement dans une série d’événements qui ont menés à une réunion où les procureurs estiment que l’identité d’un employé de la CIA, Valerie Plame, a été fournie à un journaliste.

Rappel des faits, voir les billets précédents :
>> Affaire Plame, semaine 103…
>> Affaire Plame : nouveau Watergate?
>> Tension à la Maison Blanche
>> La Maison Blanche dans les mailles du filet

Les médias et les blogs américains sont sur les dents :
>> Former Cheney Aide: Bush Authorized Iraq Intelligence Leak
>> The Huffington Post (plus de 800 commentaires !)
>> Brit Hume: The President Doesn’t “Leak” Anything (Video)

Donc, c’est bien clair maintenant, Bush a autorisé la fuite d’informations classées secret-défense, pour empêcher les critiques sur les motifs de l’entrée en guerre en Irak. C’est chaud, très chaud. Même si comme le précise le Washington Post, le président en exercice a parfaitement le droit d’agir de la sorte, sous provision d’un ordre exécutif , passé par…. Bush en mars 2003 !

Seulement voilà, il avait lui-même déclaré, en septembre 2003, que trouver les responsables de la fuite était une priorité et que ceux-ci seraient alors traités en conséquence (sous-entendu : démis de leurs fonctions) :

“Leaks of classified information are bad things. We’ve got too much leaking in Washington,“ Bush said during a stop in Chicago. “I want to know who the leakers are.”

And if a Justice Department investigation of the matter reveals that the leak was a violation of the law, the “person will be taken care of.”

Les fuites d’informations secrètes sont de mauvaises choses. Nous avons trop de fuites à Washington,” a dit Bush pendant un arrêtà Chicago. “Je veux savoir qui sont les auteur de cette fuite.”

Et si une enquête du Département de la Justice sur cette affaire indique que la fuite était une violation de la loi, “la personne sera traitée en conséquence.”

Pourquoi n’est-il pas venu face aux caméras en disant qu’il avait parfaitement le droit de déclassifier ces informations ?
Il était bien au courant de la fuite, en tant que maître d’oeuvre. Ses déclarations de 2003 sont particulièrement dévastatrices puisqu’il a menti délibéremment. Il s’est servi de ses prérogatives de président à des fins purement politiciennes, pour, en plus, embarquer le pays dans une guerre aux arguments de plus en plus fallacieux. Le genre de choses que les americains exècrent par-dessus tout.

Tout est donc réuni pour un vrai et grand scandale. J’attends la suite avec impatience…


Mise à jour #1 :
Le Monde propose une chronologie des faits, pour y voir plus clair.
>> “Plamegate” : l’affaire qui fait trembler la Maison Blanche

Mise à jour #2 :
D’après “Editor & Publisher“, la tension monte et les plus grands journaux du pays ont fait leur une sur le sujet, ce vendredi.

Le Washington Post souligne que Bush n’est plus en mesure de tenir le rôle de l’arbitre intouchable, qui se situe au-dessus de la mêlée, dans cette affaire :

Michael Fletcher in The Washington Post wrote that this “introduces a new dimension to the long-running CIA leak investigation, while posing troubling new political problems for the administration.

“Until now, the investigation had been about aides to Bush and their alleged efforts to attack the credibility of a vocal administration critic, including by possibly leaking classified information. Bush cast himself as a disinterested observer, eager to resolve the case and hold those responsible accountable.”

Le New York Times pointe les contradictions de l’équipe Bush, qui a fait de la lutte contre les fuites son cheval de bataille. Et se demande si le président a le droit de déclassifier comme ça, “à volonté” de telles informations classées secret-défense :

The New York Times in a news story observed that the latest information “provides an indication that Mr. Bush, who has long criticized leaks of secret information as a threat to national security, may have played a direct role in authorizing disclosure of the intelligence report on Iraq.”

On its editorial page, meanwhile, the Times declared that, at the least, “revealing selected bits of intelligence, including information that officials may well have known to be false, seems like a serious abuse of power. It’s not even clear that Mr. Bush can legally declassify intelligence at whim.”

Le Los Angeles Times, pour sa part, rappelle la maintenant fameuse et ubuesque déclaration de Bush d’il y a 3 ans, disant qu’il tenait à savoir qui était l’auteur de la fuite et qu’il prendrait alors les actions appropriées :

The Los Angeles Times recalled a quote from three years ago: “Bush repeatedly has deplored leaks and has maintained an appearance of distance throughout the CIA leak investigation, telling reporters in 2003: ‘I don’t know of anybody in my administration who leaked classified information. If somebody did leak classified information, I’d like to know it, and we’ll take the appropriate action.’”

On attend toujours…

Mise à jour #3 :
Evidemment la blogosphère libérale est sur les dents. Think Progress propose une vidéo des déclarations de Bush de l’époque. C’est mal, très mal de faire des fuites :
>> Bush condemns leaks

Question d’importance : que va faire Jon Stewart avec une telle histoire ? Là aussi, j’attends impatiemment !

Mise à jour #4 :
John Kerry a indiqué que selon ces dernières révélations et les propos tenus en 2003, si Bush veut vraiment trouver l’auteur de la fuite, il n’a qu’à regarder dans un mirroir !
(Yahoo News).

Mise à jour #5 :
D’après le Washington Post, la Maison Blanche reconnait implicitement que Bush au bien autorisé la divulgation d’informations secret-défense. Mais il l’aurait fait en toute bonne foi, pour montrer au public américain que le dossier contre l’Irak était bien valide :

A senior administration official, speaking on background because White House policy prohibits comment on an active investigation, said Bush sees a distinction between leaks and what he is alleged to have done. The official said Bush authorized the release of the classified information to assure the public of his rationale for war as it was coming under increasing scrutiny.

Bizarrement Bush n’aurait donc autorisé à rendre publique que certaines parties bien spécifiques du NIE (National Intelligence Estimate) de 2002, pour discréditer les attaques contre sa stratégie. Ceci sans précisément divulguer le nom de Valérie Plame, bien évidemment.

Mise à jour #6 :
Le débat va s’orienter vers le détail judiciaire. La ligne de défense de la Maison Blanche se met en place. Le porte-parole du gouvernement Scott McLellan, vendredi après-midi :

“There is a difference between providing declassified information to the public when it’s in the public interest and leaking classified information that involved sensitive national intelligence regarding our security,” he said.

“Il y a une différence entre fournir des informations déclassifiées au public quand c’est dans l’intérêt du public et révéler des informations secrètes qui impliquaient des renseignements sensibles nationaux concernant notre sécurité.”

D’ailleurs le procureur n’a pas l’intention de poursuivre Bush sur ce terrain, car il est convaincu que ce denrier n’était pas au courant du rôle de Scotter Libby dans la révélation du nom de l’agent secret. Mais il s’intéresse à Dick Cheney, le vice-président :

In his court filing, Special Counsel Patrick Fitzgerald asserted that “the president was unaware of the role” that Libby “had in fact played in disclosing” Plame’s CIA status. The prosecutor gave no such assurance, though, regarding Cheney.

Mise à jour #7 :
Toute l’affaire se concentre autour d’une réunion entre Libby et la journaliste Judith Miller (qui sera plus tard emprisonnée car refusant de divulguer ses sources) le 8 juillet 2003. Libby avait dit au vice-président qu’il ne pouvait avoir cette conversation, car les éléments dont ils devaient parler étaient dans le dossier NIE, classé secret-défense. Dick Cheney lui aurait alors assuré que le président avait donné son accord pour en divulguer certaines parties. Libby a indiqué au procureur avoir même pris les conseils de l’avocat du vice-président, David Addington, pour s’assurer de la légalité de la manoeuvre :

Libby at first told the vice president that he could not have the July 8, 2003, conversation with Miller because of the classified nature of the National Intelligence Estimate on Iraq, Fitzgerald said. Libby testified to the grand jury “that the vice president later advised him that the president had authorized defendant to disclose the relevant portions” of the NIE.

Libby testified that he also spoke to David Addington, then counsel to the vice president, “whom defendant considered to be an expert in national security law, and Mr. Addington opined that presidential authorization to publicly disclose a document amounted to a declassification of the document.”

Libby testified that he was specifically authorized to disclose the key judgments of the classified intelligence document because it was thought that its conclusions were “fairly definitive” against what Wilson had said and the vice president thought that it was “very important” for those key judgments to come out, the court papers stated.

Dommage pour lui, il est maintenant le seul protaganiste de l’affaire, sous le coup d’une mise en accusation officielle.

7 Réponses sur Plamegate Revelations

  1. christophe

    est-ce que ça sera LE scandale qui l’achèvera ? on l’espère !

  2. Jérôme

    En plus le timing est vraiment mauvais, juste avant les élections au Congrès.

    Avec la démisison de Tom Delay et les propos maladroits de Condi Rice en Angleterre (qui a reconnu que le gouvernement Bush avait fait des erreurs dans la guerre en Irak), ces derniers jours sont bien salés pour l’équipe Bush.

  3. Corisande

    Pourvu que cette fois soit la bonne. Après tout les évènements de cette année (bourbier irakien, Katrina, Tom Delay, écoutes, prisons secrètes de la CIA, torture, Dick Cheney, Jack Abramoff, Plamegate…), comment se fait-il qu’il soit encore au pouvoir? Pourquoi cette résignation des Américains?

  4. Jérôme

    Welcome on ITU, Corisandre !

    C’est vrai que la liste est longue et n’en finit pas de s’allonger. Mais là, je pense qu’on passe à un stade supérieur. Tout dépend des démocrates.

    Mais vu comme ils se sont montrés timides vis à vis de la motion de censure déposée par Feingold, il y a peu d’espoirs…

    (je continue à publier des mises à jour dans le corps du billet).

  5. btvs27

    Incroyable comme histoire (quoi qu’on devient un peu habitué lol)

  6. Inside the USA » Dîner avec la presse

    [...] ection d’un épisode grinçant des Guignols ? Et ce, devant les caméras ? Et en plus, Joe Wilson et sa femme étaient réellement présents. Comme si les personnes, par qui le [...]

  7. Inside the USA » Plamegate : retour à la une

    [...] … Pour plus d’informations les billets relatifs sur ITU : >> La Maison Blanche dans les mailles du filet >> Plamegate Revelations >> Affaire Plame, semaine 103… [...]

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