Dîner avec la presse
par Jerome ITU ~ 01/05/2006, 01:09 . Classé dans : Politique US .
Vous l’avez sans doute vu dans les journaux télé français dimanche soir, George Bush s’est moqué de lui-même lors d’un speech, avec un sosie reprenant ses paroles.
Non, rien à dire, c’était plutôt rigolo. George W. Bush a de l’humour. Et l’humour, ça permet de faire passer certains messages. Surtout aux journalistes, puisque l’occasion était le traditionnel dîner avec les représentants de presse, ceux qui couvrent la Maison Blanche toute l’année. Une drôle de cérémonie, où le président doit saluer, avec humour, le travail de ces mêmes personnes qui tentent de saborder le sien, et endurer tout un dîner avec elles. Surréaliste.
D’ailleurs, le journal télé de France 2, soulignant l’auto-dérision du président américain, a oublié de mentionner que c’est un exercice habituel, qui a lieu tous les ans. L’année dernière, rappelez-vous, nous avions eu droit à un show de la First Lady, subtilisant le micro des mains de George W., et blaguant sur son président de mari, confondant vache et cheval, au moment de traire l’animal. Finesse, quand tu nous tiens…
France 2 a omis une autre partie de l’info. La plus intéressante. George et Laura ont ri, certes, mais jaune.
En effet, le dernier speech de la cérémonie a été l’oeuvre de Stephen Colbert. Le nouveau comique politique américain, dont le show télé connait un succès croissant. Issu du Daily Show de Jon Stewart, et programmé la demi-heure suivante, tous les jours en semaine sur Comedy Central, il se veut une parodie des commentateurs et journalistes conservateurs. Enfin, il imite surtout Bill O’Reilly, en fait. Et c’est irrésistible.
Samedi soir donc, il a fait feu de tout bois. Tout y est passé. Dans son style à lui. Un vrai feu d’artifice, purement jouissif.
S’en prenant au président et à sa façon de gouverner :
In fact, Ambassador Zhou Wenzhong, welcome. Your great country makes our Happy Meals possible. I said it’s a celebration. I believe the government that governs best is the government that governs least. And by these standards, we have set up a fabulous government in Iraq.
“En fait, ambassadeur Zhou Wenzhong, bienvenue. Votre grand pays rend nos Happy Meals possibles. J’ai dit que c’est une célébration. Je crois que le gouvernement qui gouverne le mieux est le gouvernement qui gouverne le moins. Et par ces normes, nous avons installé un fabuleux gouvernement en Irak.”
Now, I know there are some polls out there saying this man has a 32% approval rating. But guys like us, we don’t pay attention to the polls. We know that polls are just a collection of statistics that reflect what people are thinking in “reality.” And reality has a well-known liberal bias.
“Maintenant, je sais qu’il y a quelques sondages qui disent que cet homme a une côte de satisfaction de 32%. Mais les types comme nous, nous ne payons pas attention aux sondages. Nous savons que les sondages sont juste une collection de statistiques qui reflètent ce que les gens pensent en “réalité.” Et la réalité a un biais de gauche bien connu.”
I mean, it’s like the movie “Rocky.” All right. The president in this case is Rocky Balboa and Apollo Creed is — everything else in the world. It’s the tenth round. He’s bloodied. His corner man, Mick, who in this case I guess would be the vice president, he’s yelling, “Cut me, Dick, cut me!,” and every time he falls everyone says, “Stay down! Stay down!” Does he stay down? No. Like Rocky, he gets back up, and in the end he — actually, he loses in the first movie.
“Je veux dire, c’est comme le film “Rocky.” Très bien. Le président, dans ce cas, est Rocky Balboa et Apollo Creed est – tout le reste du monde. C’est le dixième round. Il est en sang. Son homme de coin, Mick, qui, dans ce cas, je suppose, serait le vice-président, il lui hurle, “coupe-moi, Dick, coupe-moi !,” et chaque fois qu’il tombe, tout le monde dit, “reste à terre ! Reste à terre !” Reste-t-il à terre ? Non. Comme Rocky, il revient, et à la fin il – en fait, il perd dans le premier film.”
OK. Doesn’t matter. The point is it is the heart-warming story of a man who was repeatedly punched in the face. So don’t pay attention to the approval ratings that say 68% of Americans disapprove of the job this man is doing. I ask you this, does that not also logically mean that 68% approve of the job he’s not doing? Think about it. I haven’t.
“Ok. Ca n’a pas d’importance. Le sujet est l’histoire réconfortante d’un homme qui a été, à plusieurs reprises, frappé au visage. Ainsi ne prêtez pas attention aux taux de satisfaction qui indiquent que 68% d’américains désapprouvent le travail que cet homme fait. Je vous demande ceci, est-ce que cela ne signifie pas aussi logiquement que 68% approuvent le travail qu’il ne fait pas ? Réfléchissez-y. Je ne l’ai pas fait.”
The greatest thing about this man is he’s steady. You know where he stands. He believes the same thing Wednesday that he believed on Monday, no matter what happened Tuesday. Events can change; this man’s beliefs never will. As excited as I am to be here with the president, I am appalled to be surrounded by the liberal media that is destroying America, with the exception of Fox News. Fox News gives you both sides of every story: the president’s side, and the vice president’s side.
“La plus belle chose au sujet de cet homme est qu’il est régulier. Vous savez où il se tient. Il croit la même chose mercredi, qu’il a crue lundi, quoiqu’il ce soit produit mardi. Les événements peuvent changer; les croyances de cet homme ne changeront jamais. Aussi excité que je sois, d’être ici avec le président, je suis consterné d’être entouré par les médias de gauche qui détruisent l’Amérique, excepté Fox News. Fox News vous donne les deux faces de chaque histoire : la version du président, et la version du vice-président.”
S’en prenant à la presse :
But the rest of you, what are you thinking, reporting on NSA wiretapping or secret prisons in eastern Europe? Those things are secret for a very important reason: they’re super-depressing. And if that’s your goal, well, misery accomplished. Over the last five years you people were so good — over tax cuts, WMD intelligence, the effect of global warming. We Americans didn’t want to know, and you had the courtesy not to try to find out. Those were good times, as far as we knew.
“Mais le reste d’entre-vous, qu’est-ce qui vous arrive, rendre compte des écoutes clandestines de la NSA ou des prisons secrètes en Europe de l’Est ? Ces choses sont secrètes pour un motif très important : elles sont super-dépressives. Et si c’est votre but, bien, misère accomplie. Au cours des cinq dernières années, vous avez été tellement bons – sur les réductions d’impôts, es renseignements sur les ADM, l’effet du réchauffement global. Nous, Américains, nous ne voulions pas savoir, et vous avez eu la courtoisie de ne pas essayer de découvrir ce qui se tramait. Tel était le bon vieux temps, pour autant que nous le sachions.”
But, listen, let’s review the rules. Here’s how it works: the president makes decisions. He’s the decider. The press secretary announces those decisions, and you people of the press type those decisions down. Make, announce, type. Just put ‘em through a spell check and go home. Get to know your family again. Make love to your wife. Write that novel you got kicking around in your head. You know, the one about the intrepid Washington reporter with the courage to stand up to the administration. You know – fiction!
“Mais, écoutez, passons les règles en revue. Voici comment cela fonctionne : le président prend des décisions. Il est le décideur. Le porte-parole annonce ces décisions, et vous, les gens de la presse, vous tapez ces décisions (sur votre clavier d’ordinateur – ndlr). Faire, annoncer, taper. Passez-les juste au travers d’un correcteur d’orthographe et rentrez à la maison. Allez connaître de nouveau votre famille. Faites l’amour à votre épouse. Écrivez ce roman qui vous trotte dans la tête. Vous savez, celui au sujet du journaliste de Washington, intrépide, avec le courage de se dresser contre le gouvernement. Vous savez – de la fiction!”
Joe Wilson is here, Joe Wilson right down here in front, the most famous husband since Desi Arnaz. And of course he brought along his lovely wife Valerie Plame. Oh, my god! Oh, what have I said? [looks horrified] I am sorry, Mr. President, I meant to say he brought along his lovely wife Joe Wilson’s wife. Patrick Fitzgerald is not here tonight? OK. Dodged a bullet.
“Joe Wilson est là, Joe Wilson juste ici, à l’avant, le mari le plus célèbre depuis Desi Arnaz. Et naturellement, il a amené sa splendide épouse Valérie Plame. Ah, mon dieu! Qu’est-ce que j’ai dit? [ semblant horrifié ] Je suis désolé, M. le Président, j’ai voulu dire qu’il a amené sa splendide épouse, l’épouse de Joe Wilson. Patrick Fitzgerald n’est pas ici ce soir ? OK. J’ai esquivé une balle. ”
And, of course, we can’t forget the man of the hour, new press secretary, Tony Snow. Secret Service name, “Snow Job.” Toughest job. What a hero! Took the second toughest job in government, next to, of course, the ambassador to Iraq.
“Et bien entendu, nous ne pouvons oublier l’homme du moment, le nouveau porte-parole du gouvernement, Tony Snow. Nom de code “Snow Job” (hum, le jeu de mot est impossible à rendre en français, mais hilarant – ndlr). Le plus dur des jobs. Quel héros ! Prendre le second job le plus difficile dans le gouvernement, après, bien sûr, ambassadeur en Irak.”
Ensuite Colbert a déclaré qu’il aurait fait un très bon porte-parole de la Maison Blanche car il sait, lui, comment s’occuper des journalistes. Il les connait bien. Pour preuve, il a même apporté une cassette vidéo pour montrer ses aptitudes. A voir – apprécier – sans modération :
(ou via youtube.com si le player ne fonctionne pas).
Le clou du spectacle, assurément.
Avec tellement de références (et de vrais questions de journalistes tirées des séquences de la Maison Blanche). Et surtout, dans le rôle de la méchante, genre film d’horreur, la journaliste Elen Thomas, qui avait traqué Bush avec ses questions agressives sur la guerre en Irak. Génial. J’en ris encore.
D’ailleurs, pour finir, je suis toujours admiratif devant ce genre d’événement purement américain. Vous imaginez la même chose en France ? Chirac obligé de se ridiculiser devant les journalistes (ok, il le fait bien tout seul, tous les jours) et devant subir, avec Bernadette, la projection d’un épisode grinçant des Guignols ? Et les assauts d’un comique en furie, juste à quelques mètres de lui ? Devant les caméras ?
En plus, Joe Wilson et sa femme étaient réellement présents. Comme si les personnes, par qui le scandale Clearstream est arrivé en France, se trouvaient dans la salle avec notre président. Proprement incroyable.
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Transcript complet de l’intervention de Stephen Colbert :
>> Improved Colbert transcript
La vidéo complète de son speech :
>> The COMPLETE Colbert Clip
(via Crooks and Liars).
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Mise à jour #1 :
Arno de Son of Skadi a aussi la vidéo complète (tirée de C-Span, de meilleure qualité et visible directement sur son billet) :
>> basket-ball-at-the-white-house
Mise à jour #2 :
La vidéo a été retirée de youtube.com. La chaine C-Span, qui a retransmis la soirée, a vendu les droits à Google Vidéo. L’intégralité de la performance de Steve Colbert (24mn) est donc disponible ici :
>> Colbert Roasts President Bush
(via A l’heure américaine)
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01/05/06 à 01:56
au moins un bon côté des USA quand on repense à l’affaire des caricatures de Mahomet, etc…
01/05/06 à 03:03
Belle performance de SC. Il y a des passages a vide et toutes les blagues ne sont pas forcement bonnes, mais quel aplomb! Impressionnant non?
01/05/06 à 03:21
Ce qui je regrette un peu, c’est la video de la fausse conference de presse diffusée sur la fin… Ca a juste donnée unpeu de temps à la foule pour faire redescendre la sauce…
Finir sur Cheney étant l’homme de la situation, lorsqu’il faut shotter quelqu’un en plein visage auraït été tellement plus hardcore !!
01/05/06 à 03:34
A passage, en re-visionnant la chose, je me met à douter de translated : il sont où les passages à vide (à part effectivement la faussse conference de presse finale ?)…
01/05/06 à 07:45
le plus remarquable est le total boycott des medias US sur ce sketch, colbert n’est souvent meme pas cite dans les articles concernant ce dinner.
la honte
01/05/06 à 09:06
Certes, il semble qu’il ait eu un black-out des médias américains sur cette performance (ce qui dédouane France2 au passage). Faut dire qu’ils s’en sont pris plein la tête aussi !
Et du côté des blogs, on tombe encore dans la dichomie entre libéraux et conservateurs, qui devient quasi-caricaturale maintenant (les conservateurs moquant cependant la couverture mediatique, qui n’a donc pas existé….).
The Moderate Voice donne un aperçu des commentaires des deux côtés de la blogosphère US. Edifiant :
http://www.themoderatevoice.com/posts/1146380087.shtml
01/05/06 à 10:20
Brillant. A me faire regretter de ne pas avoir la télé. La critique des journalistes m’a vraiment fait pisser de rire : “You know, the one about the intrepid Washington reporter with the courage to stand up to the administration. You know – fiction!”. Paf pour le New York Times et Judith Miller.
01/05/06 à 11:11
A savoir que France 2 avait déjà diffusé l’extrait de “Laura, et sa vie de Desperate Housewives”, mais les journalistes n’ont pas du faire le rapprochement, avec un an d’écart ;-)
01/05/06 à 14:16
Lisez (Avis: en anglais) le sage Billmon:
http://billmon.org/archives/002417.html
01/05/06 à 17:36
Hello Guillermito.
Are you a free man, now ?
Je vous invite tous à jeter un oeil sur le guillermitothon !
Vous pouvez aussi laisser une “thank you notice” sur ce blog dédié au sketch de Colbert :
http://thankyoustephencolbert.org/
Et je n’ai pas cité la partie sur les généraux. Hillarante et tellement irrévérencieuse :
01/05/06 à 23:23
Je pense que c’est peut etre un coup de comm. La Maison blanche, et les republicains veulent se la jouer “open” et montrer qu’ils acceptent les critiques, qu’ils sont pour la liberte d’expression.
Le fait qu’il ait pris une question d’helene thomas, alors qu’il l’avait boycotte pendant trois ans montre qu’il y a une tentative-probablement des plus maladroite- de demontrer que la maison blanche ne s’addresse pas qu’aux telespectateurs de Fox news.
02/05/06 à 00:13
Ce qui était une tradition, où le président en place acceptait de se faire “bashé” risque aussi de devenir un souvenir…
je doute de Bush réitère l’expérience d’ici la fin de son mandat, les prochains seront parfaitement bordés par son staff , je pense…
Hop, la vidéo complète de S.Colbert, gracieusement trouvé sur Onegoodmove.org et envoyé sur dailymotion :
http://www.dailymotion.com/sensemilia/video/143459
(si vous voulez la sauvegarder, n’oublier pas “keep it !”)
03/05/06 à 05:52
Au Canada nous avons aussi un traditionel dîner mettant en scène journalistes et politiciens.
Comme aus USA, les politiciens sont invités à rire d’eux-mêmes.
Vous n’avez rien de tel en France ?
(J’imagine De Villepin et Sarko…)
03/05/06 à 10:24
David,
Non, à ma connaissance, il n’y a pas ce genre de passage obligé en France. Je pense que nous manquons de l’auto-dérision anglo-saxonne pour ça. La fonction de chef de l’état suppose d’être au-dessus du bon peuple chez nous.
Pour les relations entre presse et pouvoir en France, je te renvoie vers le billet de Clémentine :
>> Journalists heart Politicians (and vice versa)
Et pour ceux qui veulent en savoir sur le sosie de Bush :
http://www.stevebridges.com/
03/05/06 à 10:44
Pour rappel, c’est à l’édition 2004 de ce dîner que Bush a plaisanté sur le fait de ne pas trouver d’armes de destruction massive en Irak.
Il avait commenté un slide-show montrant des photos de lui-même cherchant ces ADM dans le Bureau Oval.
>> Exemple des photos montrées par Bush
>> Article de la BBC
Greg Mitchell s’interroge donc sur l’attitude des commentateurs qui ont jugés que Colbert avait été indécent samedi soir :
>> When the President Joked About Not Finding WMD
03/05/06 à 12:47
Intraduisible le “Snow Job” en restant politiquement correct ? … Voyons voir…
Si un jour, à l’insu de votre plein gré, bien sur, vous vous retrouviez sur un site coquin en anglais, vous pourriez comprendre que le travail (job) n’est pas toujours à dissocier de la satisfaction sensuelle… Et un de ces travaux a un intitulé en quatre lettres se terminant par “..ow”. L’équivalence avec Snow est donc grande.
L’ex président Clinton, par exemple, apprécie fort, semble-t-il ce type de travail..
Ah, l’apprentissage des langues c’est culturellement riche ! La langue anglaise est une langue qui a une souplesse évocatrice supérieure au Français c’est certain… Tout ces termes fançais se terminant par “….ation” sont d’une pauvreté…
04/05/06 à 16:53
Le NYC revient quand même sur l’affaire qui enflamme la blogosphère :
>> After Press Dinner, the Blogosphere Is Alive With the Sound of Colbert Chatter
16/07/06 à 09:55
[...] de pathétique de plus à rajouter à l’immense oeuvre de POTUS. (rendons à Colbert ce qui lui appartient, soit l’expression Snow Job) … [...]