Obama08

La fuite des conservateurs

par Jerome ITU ~ 15/01/2007, 00:15 . Classé dans : Politique US .

George W. Bush vit de plus en plus dans sa tour d’ivoire. Imperturbable et imperméable aux commentaire et réactions de l’extérieur.

Pourtant même dans son propre camp, les voix s’élèvent contre sa politique. Au point d’y voir une remise en cause du mouvement conservateur.

A commencer par Francis Fukuyama, considéré comme un penseur néoconservateur, qui livre une interview au journal Le Monde. Extrait :

Comment expliquez-vous que le président et ses conseillers semblent ne pas comprendre la véritable nature de la situation ?

Malgré les dernières élections, aux Etats-Unis, et les critiques adressées à l’administration, il y a une incapacité à reconnaître la réalité telle qu’elle est. Un des moments les plus significatifs a été la réception donnée pour Donald Rumsfeld quand il a quitté le Pentagone. George Bush a déclaré que l’invasion de l’Irak avait représenté un “raz de marée dans l’histoire de la liberté humaine”. On a l’impression qu’ils vivent dans un autre monde.

C’est une sorte d’aveuglement idéologique ?

Dans le dernier discours de George Bush, vous avez toute cette rhétorique sur la seconde guerre mondiale : “Il y a des forces démocratiques qui attendent que nous les aidions…”

Le sénateur Ted Kennedy a déclaré que l’Irak était le Vietnam de George Bush. A-t-il raison ?

En un sens, oui. L’Irak est sans doute le plus grand désastre de politique étrangère depuis le Vietnam.

(via Superfrenchie).

Dans un autre genre, Rob Dreher, qui se décrit comme un “chrétien pratiquant, conservateur politique et journaliste professionnel” (il collabore au Dallas Morning News, à The American Conservative et au National Review), se livre à une introspection en forme de réquisitoire pour ses 40 ans :

Pendant que le Président Bush envoyait le pays à la guerre en Irak, quelques voix à droite ont averti que c’était la course d’un imbécile. Je les ai écartées avec colère. Je les ai estimées peu patriotiques.

Mais presque quatre ans après, je vois que j’étais l’imbécile. En Irak, ce président républicain pour qui j’ai voté par deux fois à rendu notre pays honteux avec sa faiblesse et son incompétence, et les conséquences de son échec seront pire, bien pire que tout ce que Carter a pu faire.

La fraude, le caractère mensonger, la malchance totale de la gestion de la guerre de l’Irak par notre gouvernement m’ont bouleversé. Ca ne devait pas se passer comme ça. Pas avec un président républicain.

J’ai 40 ans le mois prochain, un moment de découverte des limites, des finitudes. J’attendais cela. Mais ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était de voir les limites de la finitude de la puissance américaine montrées si péniblement. Je ne m’attendais pas au Vietnam. Comme j’étais assis dans mon bureau la nuit passée, regardant Bush délivrer son grand discours, je bouillonnais devant le gachis, la folie, la stupidité de cette guerre.

(via Andrew Sullivan)

Même les blancs évangéliques, à 60%, réprouvent cet envoi de renforts militaires.

Signe évident de cet enfermement aveugle ? La négation.
Cheney l’a affirmé ce dimanche, il a vu des administrations “isolées et assiégées”. Celle-ci “n’en est pas une”. Et puis, elle peut compter sur Fox News, évidemment.

Heureusement, il y en a pour voir du positif dans cette escalade.
Du côté des marchés. Wall Street se porte de mieux en mieux et le prix du pétrole baisse. “Les investisseurs le disent : donnez sa chance au plan irakien“, par Lawrence Kudlow. Si les marchés le disent, alors…

10 Réponses sur La fuite des conservateurs

  1. Harry

    George W. Bush n’a pas été élu en 2004 pour céder face au nazislam. Vous prendrez vos responsabilités en 2008, et en assumerez les conséquences à ce moment-là.

  2. JPH

    Salut ! Je ne comprends pas bien le sens du message de ” Harry”. Etrange …

  3. Harry

    Il existe une politique alternative au concept de guerre globale contre la terreur, souvenons-nous de Ronald Reagan et Bill Clinton lorsqu’ils répondaient au tac-au-tac aux attaques terroristes par quelques bombardements aériens ciblés. On doit juste être bien conscient des conséquences d’une défaite en Afghanistan et en Iraq (galvanisation du mouvement jihadiste, anarchie de type Somalie ou Afghanistan ’90s, intervention probable de l’Iran à l’extérieur,…). C’est d’ailleurs peut-être la seule solution, dès lors que 3.000 morts aparaissent à l’opinion comme un seuil inacceptable (soit l’équivalent d’une semaine de guerre du Kippour pour Israël, et je ne parle pas du Vietnam, de WWII ni de la Civil War, mais bon, whatever), mais ce n’est pas pour ça que George W. Bush a été élu. Et c’est mal connaître le bonhomme que de croire qu’il renoncera à ce qu’il croit juste. Il pense que la démocratie peut au final l’emporter sur l’islamo-fascisme. Et que cela passe par s’en prendre aux causes de l’émergence de celui-ci, et non en se fiant à cette “fausse stabilité” que constitue la généralisation de dictatures dans tous les pays musulmans. Il se gourre peut-être sur la division modéré/radical au sein de l’islam (trop optimiste) et devrait revenir à une politique anti-terroriste classique. Mais c’est lui faire injure que d’analyser son refus d’adopter une autre politique comme un aveuglément idéologique ou un refus de voir la réalité (les difficultés n’ont jamais été niées). Simplement, ce n’est pas l’homme qui fera le choix stratégique d’une défaite. Point. Cette question sera tranchée lors de la prochaine campagne présidentielle.

  4. Jerome ITU

    Harry
    //mais ce n’est pas pour ça que George W. Bush a été élu. Et c’est mal connaître le bonhomme que de croire qu’il renoncera à ce qu’il croit juste.//
    Et
    //Cette question sera tranchée lors de la prochaine campagne présidentielle.//

    C’est aller vite en besogne en faisant comme si le vote de 2006 n’avait pas eu lieu. Les électeurs se sont prononcé et ce, sans équivoque aucune. Que Bush ne l’accepte pas, démontre combien il ne respecte pas, lui le premier, le concept de la démocratie.

    Il s’agit encore d’une décision unilatérale, prise sans consultation avec la nouvelle majorité au Congrès, pourtant choisie massivement par les électeurs américains. Alors oui, c’est bien d’enfermement et d’aveuglement idéologique dont il fait preuve une nouvelle fois. Ca devient même pathologique.

  5. Harry

    Allons, allons, parce qu’il n’y a pas d’idéologie et surtout-pas-de calculs politiques au Congrès ?

    C’est le Président des Etats-Unis qui est le chef des armées, le commander in chief. Comme l’écrit Stéphane, “une judicieuse organisation de l’appareil d’Etat américain, considérant la propension d’une assemblée, quelle qu’elle soit, à changer d’avis continuellement, et d’autant plus que les nouvelles sont mauvaises” (http://www.stephane.info/show.php?code=weblog&direct=844&lg=fr).

    Ce sont les institutions américaines. Le vrai débat aura lieu en 2008, lorsqu’il s’agira d’élire le nouveau commander in chief.

    J’ajoute que la majorité Démocrate n’est pas sans pouvoir : que ne cesse-t-elle de financer la guerre si tel était son désir ? Mais elle tient un incohérent double discours anti-Bush mais pro-soldats…

  6. Nplugd

    Ah, le “vrai” débat aura lieu en 2008. Je vois, et d’ici on se tait et on attend?
    Le scénario d’une défait en Irak qui aurait des répercussions sur l’ensemble de la région, c’est peut être vrai, et peut être pas. La théorie des dominos, c’est pas la première que la présidence américaine essaie de la vendre… Et si la victoire importe tant que ça, pourquoi n’envoyer “que” 21500 hommes ? Ca semble effectivement être “just enough to lose”.
    Dernière remarque, par rapport à l’article : “finitude” ? C’est Ségolène qui a traduit ou bien ?

  7. Francis

    La défaite est déjà consommée, cher Harry. George Bush est suffisamment intelligent pour le savoir. Mais cela lui importe peu en regard des objectifs qu’il s’est assignés, qui consistent, pour l’essentiel, à favoriser les affaires de ses amis.

  8. Jerome ITU

    Nplugd,
    Welcome back !
    Comment va ?
    toujours à NYC ?

    //Dernière remarque, par rapport à l’article : “finitude” ? C’est Ségolène qui a traduit ou bien ?//
    Aie, me voilà trahi… non, en fait, c’est du Google, validé par un dico en ligne, le tout réalisé tard le soir ou tôt le matin (c’est selon). Si quelqu’un a une meilleure proposition pour traduire ce passage, je suis preneur.

    Harry,
    Certes le président est le commander in chief, mais le départ en guerre, quel qu’il soit, se fait par autorisation du Congrès. De plus, le système américain repose entièrement sur l’équilibre des pouvoirs et le contrôle de l’executif. Un président qui se fout du Sénat déroge à la philosophie de ces règles.

    Mais bon, avec W, on n’est pas à ça près, c’est vrai…

  9. Nplugd

    ‘lo msieur. En fait je ne suis jamais parti, j’ai juste réduit drastiquement mes interventions sur le ouaib. Je lis ce blog toutes les semaines. A NYC + que jamais oui.
    En fait je viens de vérifier, à l’inverse de bravitude, finitude existe bel et bien. Mais c’est de la triche, c’est un mot de philo : http://fr.wikibooks.org/wiki/Finitude

  10. Jerome ITU

    C’est encore purement symoblique mais les démocrates se bougent au Sénat pour passer une résolution contre toute augmentation du nombre de troupes :
    //WASHINGTON – A group of senators including a Republican war critic announced agreement Wednesday on a resolution opposing President Bush’s 21,500 troop build up in Iraq, setting their marker for a major clash between the White House and Congress over the unpopular war.

    The non-binding resolution, which was also gaining interest from a second key Republican, would symbolically put the Senate on record as saying the U.S. commitment in Iraq “can only be sustained” with popular support among the American public and in Congress.//

    http://www.msnbc.msn.com/id/11457525/from/RS.1/

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