Licenciement 2.0
par Jerome ITU ~ 26/09/2009, 16:55 . Classé dans : Politique US .La réalité économique est là, cruelle, et forcément amplifiée aux Etats-Unis.
Arnaud, dont je suis le blog depuis très longtemps, relate son expérience personnelle, tendance nouvelles technologies, et ça fait froid dans le dos : pink slip.
Malgré les grands discours, nous en sommes là. On peut noyer le poisson et prétendre que la crise est passée, que l’économie repart. Dans les faits, c’est l’inverse que je constate, travaillant depuis Nice avec les entreprises du secteur high-tech de Sophia-Antipolis. Ce sont bien les fermetures d’entreprises et les plans de licenciement en cascade qui rythment la vie de la zone d’activité, depuis la fin de l’année dernière.
Alors, certes, en France, il y a des mesures pour accompagner ces situations avec plus de douceur, entre les préavis et les plans de reclassement. C’est vrai. Mais cela peut être même plus brutal qu’aux Etats-Unis : allez vous reclasser quand vous avez 45-50 ans sur le marché de l’emploi français. C’est quasi-impossible.
Il est d’ailleurs une logique qui m’échappe. Quand l’Entreprise nie son rôle social, préfère licencier et/ou délocaliser, elle se tire une balle dans le pied. Qui pourra acheter ses produits, sur ce même marché, s’il plus personne n’en a les moyens financiers, faute de salaires ?
Après, on peut bien se cacher derrière les grands discours ambiants. Ah… Hadopi, très important ça, face à la crise. Et fustiger les bonus des traders…. Comme si cela allait résoudre magiquement tous les problèmes. Ils ne volent personne que je sache, ils ne mettent pas un pistolet sur la tempe de leurs patrons, les banquiers, pour être payé leur dû. Ils profitent juste du système. Un système non-régulé (ou pas assez), qui marche sur la tête.
Arnaud, en tout cas, je ne peux te souhaiter qu’une chose : que tu rebondisses très vite.







26/09/09 à 17:45
“Mais cela peut être même plus brutal qu’aux Etats-Unis : allez vous reclasser quand vous avez 45-50 ans sur le marché de l’emploi français.”
Bien que je comprenne, ou pense comprendre ce que tu as voulu dire par là, j’ai un peu de mal avec cette incise. Difficile de faire plus brutal qu’aux Etats-Unis, même si je n’ai pas d’expérience récente de ce qui se passe en France, et ne peux que m’appuyer sur des souvenirs comparés entre licenciements vécus en France et aux States, en 1990 et en 2003 respectivement.
Tu le sais aussi bien que moi, Jérôme, ce qui n’existe pas aux States, c’est le coussin social, qui permet de s’arrêter et de réfléchir sur ce qui vient de se produire. Arnaud n’a pas le choix, il faut qu’il réagisse. C’est peut-être une bonne chose, peut-être pas, tout dépend de quel point de vue on va se placer.
“allez vous reclasser quand vous avez 45-50 ans sur le marché de l’emploi français. C’est quasi-impossible.” Dans ton “c’est quasi-impossible” réside sans doute toute la différence culturelle d’approche d’un coup dur, et je pense que la sécurité inexistante aux States nous empêche simplement d’envisager cette impossibilité, ou bien on sombre dans le désespoir : si on se dit qu’on ne trouvera pas une solution de rechange, qu’elle soit reclassement ou autre, d’ailleurs, il n’y a pas d’Etat providence, rien.
Je ne sais pas où en sont les lois sur le licenciement en France, mais je n’ai pas souvenir qu’il existait une procédure où tu pliais tes bagages sans préavis d’aucune sorte dans l’heure qui suit l’annonce de ta mise au chômage. Faire plus brutal que ça, faudra qu’on m’explique.
Maintenant sur le fond de la question, je suis bien d’accord avec toi, ce n’est pas une question de comparer les situations, mais simplement de savoir que la crise dont il est question n’est pas “terminée” simplement parce que les indicateurs économiques vont le dire, bien au contraire, les effets de crise sur la vie de chacun vont être de plus en plus tangibles, et donner lieu à encore des années de récits de mésaventures personnelles. S’il est une chose qui est nécessaire en ce moment, c’est bel et bien de ressource morale et d’inventivité pour faire face…
26/09/09 à 19:20
Crise ou pas, ce type de licenciement fait partie integrante du paysage economique americain. Apres plus de 10 ans sur le territoire americain, cela ne me choque meme plus, c’est “normal” et il m’est meme arrive d’etre personellement affecte par cette logique. Si ce n’est a cause de la crise qui condamne certaines compagnies a mettre la clef sous la porte, c’est a cause d’un projet qui s’interrompt de facon inattendue et hop, toute l’equipe se fait licencier. Le fait que le reste de la compagnie soit en bonne sante n’a que peu d’importance: il s’agit de la methode la plus immediate et la moins couteuse de gerer le probleme.
Comme je l’ai dit, je ne trouve meme plus ca choquant. Assimilation culturelle je suppose. Que cela soit une bonne chose ou pas, il s’agit d’un tout autre debat.
A propos de l’economie qui repart, il faut souligner que la correlation avec un marche de l’emploi qui rebondi n’est pas toujours evidente.
26/09/09 à 20:11
Otir,
Ca peut être brutal aussi en France.
Pas aussi abrupte certes, heureusement, mais plus tendancieux. Regarde ce que se passe chez France Telecom, dont la direction veut dégraisser et obtenir des départs volontaires, avec les suicides en série… Ou le reclassement quasi-impossible pour les seniors.
Sur ce dernier point, je dis “quasi” car je ne tombe pas dans le désespoir, mais il faut bien savoir qu’un profil âgé a très très peu de chances sur le marché de l’emploi en France, la faute à une certaine frilosité des recruteurs. A moins de créer sa propre boite, mais tout le monde ne peut pas le faire non plus, c’est mort. Donc un licenciement à cet âge, même avec des mesures d’accompagnement, c’est “brutal”.
Je me suis investi bénévolement l’an dernier dans une structure de reclassement mise en place par l’ex-ANPE et les pouvoirs publics locaux. Je gérai une personne de profil senior, au chômage depuis 5-6 ans, et pour tous les acteurs, donc des professionnels de l’emploi, c’était un cas entendu, sans aucune chance.
27/09/09 à 21:39
Faut etre un PEU LOGIQUE. Si une entreprise licencie c’est pas par plaisir ! ca veut dire qu’elle a plus d’argent pour payer des salaires ! BIEN sur, ya toujours des cons qui licencient en profitant du pretexte de la crise mais dans la majorite des cas, c’est parce que l’entreprise n’a plus de chiffre d’affaire permettant d’assurer de payer les futurs salaires. DONC arretez de tirer sur les patrons, ils ne sont pas tous voyons et souvent ils ont pas le choix!
28/09/09 à 00:24
Patrick : critiquer une entreprise qui licencie ne signifie pas nécessairement tirer sur le patron. Mais tu es naïf si tu crois que les licenciements n’ont lieu que lorsqu’une entreprise ne peut plus payer des salaires. Aux Etats-Unis et ailleurs, beaucoup d’entreprises réalisant des profits confortables continuent cependant à licencier. Pas par plaisir, évidemment (personne n’a dit ça), mais parce qu’il s’agit, notamment pour les entreprises cotées en bourse, d’avoir des chiffres encore plus positifs que ceux auxquels s’attendent les investisseurs. Au cours des 10 dernières années, certaines entreprises engrangeant des profits mirobolants ont remarqué que le cours de leur action avait parfois tendance à descendre lorsqu’ils ne dépassaient pas les prévisions des analystes, même lorsqu’elles réalisaient un profit confortable.
Du coup, la stratégie est donc désormais de tenter systématiquement de dépasser les prévisions. C’est pourquoi elles licencient même lorsqu’elles ont des comptes très profitables.
Ce genre de comportement s’est généralisé et est difficile à défendre, même pour un libéral (au sens français) entrepreneur de mon genre.
28/09/09 à 11:44
@Anthony
“Crise ou pas, ce type de licenciement fait partie integrante du paysage economique americain.”
A la différence (de taille) que l’on ne retrouve pas de travail facilement, et que les employeurs ne recrutent pas ou moins facilement.
28/09/09 à 14:39
@Jean-Philippe: j’ai beau me relire, il ne me semble pas que j’ai pretendu le contraire… Je ne vais meme pas commencer de debat sur le sujet “suis-je d’accord ou pas avec ton intervention”. J’suis trop vieux pour les chamailles… ;-)
Jerome, qu’est-ce qui nous vaut le grand plaisir de ton retour? Pendant un moment, Je pensais que ton blog avait inopinement ferme (un peu comme SuperFrenchie)… Anyway, happy to see you back.
28/09/09 à 15:03
@Anthony,
Ah mais sinon je suis entièrement d’accord avec toi. (si si)
Comme quoi… point de polémique.
J’aurais du mettre “je me permets d’ajouter et de re-préciser” dans mon commentaire.
28/09/09 à 17:22
J’ai vu ca sur le blog d’Arnaud… Ca fait mal…
28/09/09 à 18:35
@Anthony
Je suis toujours là. C’est vrai qu’il y a un effet post-élection qui m’a laissé quelque peu sans inspiration, après l’engagement vindicatif des années Bush. Un fondement majeure de ma motivation bloguesque quand même… que pouvais-je dire après 4 ans de lutte acharnée ?
Et puis, j’ai du aussi plus m’investir dans mon taf, j’ai ouvert un compte Facebook qui me prend du temps, tout comme mon iPhone tout beau tout neuf, auquel je consacre des pans entiers de lectures des blogs et de forums.
Mais je suis toujours là, prêt à réagir au moindre événement ;-)
02/10/09 à 02:42
Hi Jerome!
From what I can gather in your post (it’s been a long time since I’ve made use of Google Translator), you are speaking of the economic downturn and job losses in France compared to the U.S.?
After reading Arnaud’s story, Pink Slip, it just broke my heart. I can’t tell you how worrisome the job market is in Illinois. I do want to point out one thing that has been going on in the U.S. and is not often being reported.
Many companies are using this job market as an excuse to bleed their workers dry. The new tactic being used by large corporations (and I speak with authority on this) is to put their employees on forced unpaid “furloughs”.
An example that I can give you is a true story of someone I know personally. ..
A small company which is a subsidiary owned by a large corporation was doing very well, in fact, they were making a lot of money. However, the larger corporation decided that they could make larger profits for themselves by forcing the employees to take one week unpaid furlough. The way the smaller company is set up, this was very difficult but they did it. The larger corporation saved $10 million that week, so they decided to do it again the next quarter. The way the unemployment benefits are set up in the State, the first week the employees could not receive unemployment benefits (a percentage of their paycheck) but the next quarter when they were forced to take another unpaid furlough, they could apply….which many employees did.
So, the larger corporation has decided that the next unpaid furlough would be different. What they did was just cut the employees pay for that quarter by the amount of one week’s salary and they were basically forced to work without pay for one week. This also kept them from being able to apply for unemployment benefits for that week.
Now, the smaller company is not doing so well, moral is low, production has suffered, and profits are rapidly declining.
So, what does the larger corporation do to fix the problem? They tell the employees that they will no longer be able to travel on business trips…which keeps them from direct contact with their customers, which in turn has caused them to lose more business.
The larger corporation will continue to bleed this smaller company dry and then they will shut them down and the company will go out of business.
The reason they can get away with this is that the employees have no other place to go because there are no jobs available. The employees have no choice but to sit back and watch their careers go down the drain while the big corporate honchos pat themselves on the back for making a profit by cutting pay from their employees.
Just looking at the U.S. unemployment numbers doesn’t even come close to how bad it is in the U.S.
08/10/09 à 13:47
La règle de base d’une entrepris est de réaliser du C.A et, des profits.
Les conditions de réalisations des profits s’appuient sur de nombreux paramètres, dont la marge et le résultat sont les premiers critères.
En permanence l’entreprise doit anticiper sur les marchés émergents, les tendances, les innovations, et rester très vigilante sur la concurrence.
Aujourd’hui, force est de constater qu’une concurrence certaine est déloyale car s’appuyant d’une part sur les gains de productique à outrance, mais également sur les gains de productivité en Asie.
Les investissements des entreprises passent par l’emprunt bancaire ou.. l’actionnariat qui lui, demande du résultat, pas toujours trés catholique.
Au delà du CA, de la marge, les actionnaires exigent du retour sur investissement; rapide.
Et commence la proche délocalisation (Maghreb pour le textile) puis la grande délocalisation où sont réalisés de gros gains de productique (équipements ultra modernes) et d’énormes gains de productivité (main d’œuvre et main d’œuvre infantile hélas très souvent)
Les grosses entreprises dans le secteur du textile par exemple n’ont pas le choix, si ce n’est une légère alternative, 90% de délocalisation, 10% de fabrication “France”.
L’heure est grave.
De grands groupes ont mis en place des stratégies industrielles et “sociales” à savoir fabriquer dans les pays, continents, où ils vendent.
L’Asie par exemple zone de chalandise énorme.
JBL, leader mondial des haut-parleurs et systèmes audio professionnels de prestige, fabrique 90% de ses haut-parleurs car audio en Asie non seulement pour l’Asie, mais aussi pour le reste du monde.
Les nouvelles enceintes JBL EON ayant représenté une révolution technologique en 1994 et fabriquées aux USA, sont désormais toutes assemblées en Chine. Ce n’est pas pour autant que le prix à baissé, ni la garantie passée à 5 ans. Idem les légendaires enceintes monitors de studios LSR SERIE fabriqués depuis 2009 en Asie.
Les prix de cette référence ont légèrement baissé. La qualité suivra t’elle?
A vouloir tout délocaliser, qui n’ayant plus de travail pourra acheter ?
un lourd dilemme.
En conclusion, je ne pense pas que les entreprises délocalisent de bon coeur, mais par la force des choses, et la force des actionnaires et de la concurrence elle même tenue par des actionnaires.